REFORME MORALE,
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Le caractère de la Régente aussi bien que l’histoire agitée deson gouvernement rendent cette supposition peu vraisem-blable. Peut-être a-t-on fait confusion avec la sœur aînée dePierre, la tsarevna Nathalie, âgée de dix-sept ans alors, qui serévélera plus tard comme une vraie femme de théâtre.
Ces spectacles gardaient, en tout cas, un cachet d’intimité.Pierre le fait disparaître. Il transporte le théâtre sur la PlaceRouge et y convie le gros public. Il veut aussi avoir une trouperusse jouant des pièces russes, et il y parviendra. En 1714,dans une vaste maison de Pétersbourg, fraîchement bâtie etdéjà abandonnée, la tsarevna Nathalie installe à demeure desacteurs indigènes qui jouent la tragédie et la comédie. Elles’occupe elle-même de la mise en scène et de la machinerie,dessine les décors et écrit des pièces, où les allusions poli-tiques à tendance moralisatrice abondent. L’orchestre étaitégalement composé de musiciens russes, les batogues rempla-çant, il est vrai, fréquemment le bâton du chef, au témoi-gnage de Weber. Pierre est grand amateur de musique, demusique religieuse surtout. Il a possédé un chœur assez biencomposé dew chanteurs d’église, aux voix desquels il mêlaitvolontiers la sienne, et il a eu aussi des joueurs de trompetteprofanes et des joueurs de cornemuse polonais. A partir de1720, il laissera jouer fréquemment à la cour l’orchestre duduc de llolstein qui, pour la première fois, fera entendre àdes oreilles russes les sonates, solos, trios et concerts desmaîtres allemands célèbres alors, comme Telemann, Kayser,Havnischen, Schultz, Fuchs, ou italiens comme Gorelli, Tar-tini et Porpora.
Le rôle, enfin, et la puissance de la presse périodiquen’échappent pas au regard inquiet du grand homme. Dèsl’année 1702, le baron de Huissen était chargé, moyen-nant finance, d’entretenir de bons rapports entre le Tsar etl’opinion européenne. Il traduisait, publiait et répandait lesdécisions du Souverain ayant trait à l’organisation militairede son Empire ; il engageait les savants de tous pays à dédierleurs ouvrages à Sa Majesté Tsarienne ou même à en écrire