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L’OEUVRE.
qui fussent à sa louange ; il inondait la Hollande et l’Alle-magne de brochures dans lesquelles, bien avant Poltava,Charles XII était battu et mis en fâcheuse posture; il subven-tionnait à Leipzig le journal Europaeische Fama, qui rendaitconsciencieusement au Tsar son argent en compliments etflagorneries. En 1703, a paru à Moscou la première gazetterusse, et c’est une autre fenêtre ouverte à l’air et à la lumièrede l’Occident. Jusqu’à ce moment, le Tsar était seul ou à peuprès seul en Russie à savoir ce qui se passait en pays étran-gers. Les extraits des gazettes étrangères ( Kouranty) rédigésau bureau des relations extérieures n’étaient destinés qu’auSouverain et à son entourage. Les nouvelles de l’intérieur dupays ne se transmettaient que débouché à bouche,défigurées,semant l’erreur dans les âmes naïves. Le premier numéro dela nouvelle gazette contient des renseignements sur le nombredes canons récemment fondus à Moscou et sur le nombre desélèves qui y fréquentent les écoles de récente fondation.
La presse périodique russe a aujourd’hui encore beaucoupà faire pour égaler ses modèles occidentaux, et, d’une manièregénérale, si, pour juger l’œuvre de Pierre dans cette voie, onvoulait s’en tenir aux résultats apparents et immédiats de soneffort, le bénéfice en paraîtrait mince. Quelques traductionsassez défectueuses, un mémoire du secrétaire d’État Chafirofsur les motifs qui ont armé le Tsar contre la Suède, rédigé enrusse avec des mots français ; une compilation historique dePierre Krekchine ; une autre du prince Hilkof, d’une écritureaussi fâcheuse que celle dont s’est servi Chafirof ; une autreencore — la meilleure à beaucoup près — de Basile Tatich-tchef, voilà pour les lettres. Le seul poète de l’époque est leprince Antioche Kantémir, fils de ce hospodar de Moldavie dontl’amitié a failli devenir fatale à Pierre. Il a laissé huit satiresen vers syllabiques qui n’ont vu le jour qu’après la mort dugrand Tsar. En fait de sciences, un traité médiocre d’arithmé-tique et quelques cartes de géographie. En fait d’art, quelquesstatues empruntées à l’Italie et trois peintres qui y ont fait leuréducation : Nikitine, Merkoulief et Matviéief. Le portrait de