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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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LA RÉFORME ECCLÉSIASTIQUE.

se servira pour battre en brèche la vieille Église moscovite.

C’est une forteresse que la grande réforme ne pouvait laisserintacte. Et d’abord, d’elle-mème et sans qu’on y touchât, ellemenaçait ruine. Prêtres et moines, clergé blanc et clergé noir,constituaient dans cette enceinte un monde à part, nombreux,puissant, riche et avili. Les biens étaient immenses. Les mo-nastères possédaient jusqu’à neuf cent mille serfs. Le seulcouvent de Saint-Serge, proche de Moscou, en comptait quatre-vingt-doufce mille lui appartenant, et des pêcheries, des mou-lins, des prairies, des forêts à perte de vue. Les archimandrites,prieurs de ces couvents, portaient des boucles de diamant àleurs souliers. La vie était grasse partout, scandaleusementluxueuse en beaucoup d’endroits. II y avait une grande de-mande de prêtres. Le trait caractéristique de la vie de familleen Russie, à cette époque, est l’isolement. On fait bande àpart, et comme on a sa maison, on veut avoir son église, sonprêtre. Si on ne peut mieux faire, on porte dans l’église com-mune une image à soi et on ne prie que devant elle. Si on n’apas de quoi entretenir un prêtre à l’année, on en loue un ouplusieurs à l’heure pour une cérémonie particulière. Il s’entrouvait sur les places publiques qui s’offraient aux embau-cheurs.

Dans l’État, ce clergé occupait une place énorme. De 1619à 1633, le bisaïeul de Pierre, le patriarche Philarète, a gou-verné le pays sous le nom de son frère Michel, le premier desRomanof. Le patriarche Nicône a tenu tête au tsar Alexis, et,pour venir à bout de sa résistance, le souverain a dû recouriraux chefs des patriarcats rivaux d’Alexandrie et d’Antioche.L’influence du catholicisme a concouru avec la faiblesse dugouvernement civil pour donner au gouvernement ecclésias-tique un air de papauté. Mais, j’ai eu l’occasion de le dire déjà,nulle vertu, nulle force morale aussi, ne correspondait à cettesituation matériellement si élevée. Ces prêtres si recherchéssavent encore la pratique du rituel ; ils ont oublié le manie-ment des âmes. Ils sont trop bien en chair, trop ignorantsaussi. L’Académie slavo-gréco-latine de Moscou compte, en