LA RÉFORME ECCLÉSIASTIQUE.
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ils sont trop bétes pour cela (1)! » Pourquoi aussi ne pas fairebon ménage avec eux? Dans les environs d’Olonets, sur lesbords de la Wyga, à proximité d’une usine récemment créée,on en trouve un certain nombre qui, au cours de l’année 1700,font mine de s’établir et de s’organiser en communauté reli-gieuse. » Quel fâcheux voisinage! — Quelle bonne fortune!« — Qu’ils viennent travailler aux forges; moyennant cela,« on les laissera prier à leur guise (2). »
Eux-mêmes, malheureusement, sont beaucoup moins ac-commodants. L’ami de Lefort et de Gordon, l’un calviniste,l’autre catholique, paraît suspect au rigorisme de leur foi.Évidemment il est le complice, sinon l’auteur, des innovationsimpies contre lesquelles s’insurge la conscience des vraiscroyants. Ne serait-il pas l’Antéchrist? D’ailleurs, la défensede la religion est un mot de ralliement séduisant et ses défen-seurs des alliés précieux. Comme tous les persécutés, ils sontdes hommes de courage et arrivent à être des hommes de va-leur. Laborieux, économes et sobres, relativement instruits outout au moins ayant appris à lire par amour des textes àpre-ment discutés, ils gagnent promptement richesse, influence etprestige; ils soudoient les fonctionnaires, obtiennent de hautesprotections, se jouent de l’ignorance du clergé officiel, de-viennent une puissance. On les recherche, on sollicite leurappui, et leur protestation contre la réforme du rituel se soli-darise ainsi peu à peu et se confond avec l’opposition univer-selle dressée contre les réformes. Dans la légende qui fait dePierre un fils adultérin deNicône, cette confusion se traduit élo-quemment, et la cause des moines est appelée à en bénéficier.
Voilà donc le Réformateur obligé de combattre les raskol-niks. Mais comment pourrait-il le faire sans se solidariser à sontour avec cette Église officielle, dont il a prétendu d’abordbattre en brèche les privilèges rivaux des siens? Il y arriverafatalement, quoique à son corps défendant. Il essaye bien de
(1) Solovief , t. XVI, p. 295.
(2) Ibid. Voy. aussi : Sinmski, Le Raskol et l’Eglise russe sous Pierre leGrand , Pétersb., 1895, p. xm et suiv., 327 et suiv.