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L’OEUVRE.
s’en défendre en déplaçant la question. Comme avec lesmoines, il a d’abord recours avec leurs soutiens, et en 1716seulement, à un dénombrement suivi d’une mesure fiscale :puisque ces gens, tout en ayant de la fortune, refusent de par-ticiper aux charges communes, car on ne peut réussir à lesenrôler ni dans l’armée ni dans l’administration, qu’ils payentle privilège de faire bande à part; on les imposera au dou-ble (I). Naturellement ils refusent, et la lutte s’engage. Pierresera bientôt débordé par elle. En septembre 1718, GeorgesRjevski, accompagné du moine Pitirim, ancien raskolnik con-verti, va à Nijni-Novgorod, un des centres principaux duraskol, et y travaille, knoute en main, au rétablissement del’ordre, et, à la même époque, Étienne Iavorski, suivantl’exemple donné, use des mêmes armes pour réprimer l’héré-sie calviniste et luthérienne. En 1717, accusée d’inclinationsprotestantes, la femme d’un petit employé du bureau desaffaires provinciales, Nathalie Zima, recevait quatre-vingt-cinqcoups de knoute en trois fois et n’obtenait la vie sauve qu’enabjurant ses erreurs. D’autres, moins dociles, étaient exécutés,Pierre lui-même signant les sentences (2)!
C’était la négation des idées, des principes, des tendancesque le Réformateur se proposait de faire prévaloir avec l’aidede Iavorski en personne ! Mais le « gardien temporaire du trônepontifical » avait fait peau neuve depuis son exaltation. Soucid’une popularité naissante ou sentiment des responsabilitésnouvellement assumées, il inclinait d’année en année à deve-nir l’homme, non pas seulement de la vieille orthodoxie avecson fanatisme étroit et intransigeant, mais de la vieille Mos-covie tout entière avec son esprit rebelle à toute idée de pro-grès. Ne craignait-il pas, en 1712, de prendre le nouveaurégime à partie jusque sur le terrain de ses réformes adminis-tratives, s’attaquant du haut de la chaire à l’institution impo-pulaire des fiscaux!
Pierre faisait fausse route décidément avec ce compagnon.
(1) Recueil des lois, p. 2991, 2996.
(2) Solovief, t. XVI, p. 302, 315.