LA. RÉFORME ECCLÉSIASTIQUE.
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L’aveu de son erreur, devant lequel, à son ordinaire, il nereculait pas, devait aussi préparer à l’Église officielle et à sonchef de nouvelles destinées.
Et d’abord, même avant l’expérience suprême de la cam-pagne commune contre le rashol et les dégoûts qui en résul-taient pour lui, le Réformateur était porté à mettre sa per-sonne et son œuvre en défense contre ce chef hostile, enréduisant encore graduellement les attributions et l’autoritédéjà amoindries qu’il lui avait départies. Même dans lesaffaires dont on lui avait laissé la direction, Iavorski voyait sacompétence limitée d’abord par un conseil d’évéques périodi-quement réuni à Moscou, puis par l’ingérence croissante jdeMoussine-Pouchkine. Avec la création du Sénat, en 1711, ilperdait jusqu’à la dernière ombre de son indépendance. Lesaffaires d’Église, comme les autres, étaient désormais soumisesà la juridiction suprême de la nouvelle assemblée. Le rempla-çant du patriarche ne pouvait plus nommer un arhireï dansune éparchie sans l’aveu des sénateurs. Essayait-il d’intervenirdans les débats où on disposait si arbitrairement des intérêtsqui lui étaient confiés et d’y faire valoir ses droits, on le jetaitdehors brutalement, et il quittait la séance en larmes (1). En1718, soujjçonnant son ancien favori de connivence avecAlexis, Pierre lui faisait quitter Moscou, le gardait à demeureà Pétersbourg pour avoir l’œil et la main sur lui, et lui donnaitun rival dans la personne de Prokopovitch, nommé évêque dePskof et investi d’une influence qui va en grandissant.
En 1720, de l’ancien pouvoir et de l’ancien prestige patriar-cal il ne restait presque plus rien. Iavorski n’avait rien con-servé. Mais le Réformateur n’était pas sans apercevoir ce qu’ily avait d’anormal dans cet état de choses, dans cette subordi-nation de l’autorité spirituelle non plus même au souverain,— la tradition byzantine n’y répugnait pas, — mais à un sim-ple organe de son gouvernement. Le clergé était devenu docilesans doute, mais était-ce encore un clergé? Un régiment plu-
(1) Olchevski, Le Saint Synode sous Pierre le Grand , Kief, 1894, p. 9.