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L’OEUVIIE.
tôt, assujetti à la même discipline militaire, avec l’honneur dudrapeau en moins. L’abbé faisait fouetter ses moines, l’évêquefaisait fouetter ses abbés, le gouvernement dégradait et exilaitl’évêque, après lui avoir fait donner le knoute; soumis à cerégime, tous, supérieurs et inférieurs, du haut en bas del’échelle, tombaient au même avilissement, à la paresse, àl’ignorance, à l’ivrognerie, aux pires vices. On ne pouvait con-tinuer dans cette voie. II fallait trouver autre chose. Dictéepar cette nécessité impérieuse, inspirée par les amis de Proko-povitch, qui doit une bonne partie de son savoir aux théolo-giens protestants, à Quenstedt et à Gerhard, l’institutionpresbytérienne du Saint Synode est appelée, en 1721, à tirerla Russie d’un abîme où son avenir religieux et moral menacede sombrer.
III
Le Saint Synode.
Pierre s’en occupait en 1718 déjà, et on a pu croire quela complicité du clergé dans la révolte du tsarévicth n’a pasété étrangère à sa détermination (1). J’incline à croire pourtantqu’il a vu les choses de plus haut. L’année suivante, il colla-borait avec Prokopovitch à la rédaction d’un Règlement destinéà justifier la nouvelle réforme et à en déterminer les bases.C’est une pièce curieuse, avec un tableau piquant des mœursecclésiastiques du temps, où la verve satirique de l’évêque dePskof s’est donné carrière, en accusant simultanément unsingulier mélange d’idées et de doctrines puisées aux quatrecoins du monde religieux, philosophique et politique de l’Eu-rope occidentale. Les avantages de l’autorité collective ysont exposés avec une grande force et une étrange incon-science des arguments qu’on y pourrait trouver contre le pou-
(1) Pierling, La Sorbonne et la Russie, p. 47.