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L’OEUVRE.
C’est la condition de ces sloujilyîé lioudi, ou dvorianié , que laréorganisation des services militaires et civils entreprise parPierre affecte tout d’abord. Le service militaire dans les mi-lices provinciales mobilisées en temps de guerre est convertien service perpétuel dans les régiments. L’aristocratie nais-sante est ainsi détachée de son milieu naturel. L’esprit corpo-ratif, qui commençait à se développer dans les centres provin-ciaux, est déplacé, transporté dans les cadres des régiments etdes corps d’armée, où il reçoit une empreinte spéciale. Enmême temps, les services civils sont séparés des services mili-taires . Les dvorianié remplissaient auparavant un double office :soldats à la fois et magistrats, portant l’épée et faisant fonc-tion de bureaucrates. A chacun sa tâche maintenant. Mais latâche devient plus lourde. Civile ou militaire, la fonction saisitle fonctionnaire à quinze ans et ne le lâche plus jusqu’à samort. Ce n’est pas tout. Jusqu’à l’âge de quinze ans, il sera tenude se préparer à l’exercer convenablement. Il devra étudier,et on lui demandera un compte sévère de ses études. Pierreveut avoir dans sa noblesse une pépinière d’officiers et de chefsde bureau. Il entend y recruter les cadres de son armée et deson administration. Pour remplir ces cadres, il aura leshommes de basse condition, vis-à-vis desquels les dvorianiéconserveront ainsi leur prééminence. Mais cette concessionfaite au principe maintenu d’un groupement hiérarchique desclasses sociales, le Réformateur s’en écarte aussitôt. Fidèle àune tendance qui s’est accusée déjà dans les tentatives de ré-formes antérieures à son avènement, il veut que, dans la ré-partition des grades, le coefficient aristocratique de l’originesoit balancé par le coefficient démocratique du mérite. Un pay-san pourra s’élever au grade d’officier, et, en devenant offi-cier, il deviendra aussi dvorianine, noble. C’est très beau; maisc’est, on n’en peut douter, la fin de toute distribution autonomedes éléments sociaux. Il n’y a plus qu’un enrégimentementuniversel des unités disponibles dans les cadres d’une hiérar-chie gouvernementale. Le fameux tableau des rangs publié en1721 n’est que l’expression et la consécration officielle du