LA REFORME SOCIALE.
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maison d’un marchand; un prince Viaziemskigère le domained’obscurs parvenus (I).
Le législateur a eu aussi en vue la constitution d’un groupede cadets de famille, dans lequel il a aperçu une excellentepépinière de recrues pour le commerce et l’industrie. Les filsde dvorianines déshérités ne dérogeront pas en prenant unmétier, et, après sept ans de service dans le militaire, dix ansdans le civil et quinze ans dans le commerce ou l’industrie,— toujours le service! — ils pourront devenir acquéreursde biens fonciers et rentrer ainsi dans la soi-disant castearistocratique dont leur déchéance les a fait sortir. Ceuxqui ne voudront rien faire ne pourront rien posséder, etceux qui ne voudront rien apprendre ne pourront même passe marier!
Enfin Pierre a espéré améliorer la condition des serfs. Plusriches, les propriétaires seront plus pitoyables. Tout cela estdans son oukase, et même des phrases sur la « gloire des« familles illustres » que le législateur s’est proposé de proté-ger. Mais, au fond, ce n’est pas de tout cela qu’il s’est agi pourlui. La loi est générale, le régime de l’héritage unipersonnels’applique à toutes les formes de la propriété immobilière, audomaine d’un cultivateur comme à la boutique d’un drapier,et Pierre s’est préoccupé surtout d’avoir, à la ville comme àla campagne, des répondants pour la rentrée intégrale des im-pôts et l’acquittement des services que l’État exige de tous sessujets. Les héritiers uniques seront les commis principaux duTsar, et sa loi est surtout une loi fiscale.
Le succès en est nul. Dix-sept années plus tard, en rappor-tant la loi, l’impératrice Anne donnera pour raison de sa déci-sion que les dispositions en sont demeurées inefficaces : lamasse des propriétaires fonciers a réussi à éluder par des sub-terfuges la volonté du législateur. Le régime n’a servi qu’àédifier deux fortunes : celle des princes Ch érémétief et celledes princes Kantémir (2). Les véritables majorats du type
(1) Karnovitch, Les grandes fortunes , p. 33.
(2) Ibid.