LA RÉFORME SOCIALE.
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ment et de sa législation apparaît tout autre; elle tend invaria-blement, d’une part, à confondre les deux catégories depaysans et, d’autre part, à resserrer autour de leur cou lenœud du servage. Au point de vue politique, la fusion seraopérée dès l’année 1705, un oukase ayant étendu à la catégoriedes Holopy l’obligation du service militaire. Au point de vuejuridique et économique, le recensement général de 1718 etune série d’oukases publiés de 1720 à 1722 sur la compositiondes feuilles de recensement, achèveront le travail d’unifica-tion. L’impôt foncier étant remplacé à cette époque par lacapitation, il s’est agi pour le souverain de trouver le plusgrand nombre de têtes ou d’émes imposables. Comment lesatteindre? Les propriétaires fonciers, appelés à jouer le rôled’intendants fiscaux, de percepteurs responsables de l’impôtnouveau, n’ont pas voulu et n’ont pu répondre que des âmesqu’ils avaient en leur possession, dont ils disposaient pleine-ment, Ils ont cherché naturellement à en diminuer le nombresur les feuilles de recensement. Mais l’État a cherché au con-traire à charger ces feuilles. Une lutte s’est engagée ainsi,dont l’État ne sortira vainqueur qu’en consentant à se fairecomplice de l’asservissement général et complet de la masseentière des cultivateurs. Tout paysan recensé sera considérécomme asservi à perpétuité à son répondant, qui autrementn’en répondrait pas, et, peu à peu, tous les paysans y pas-seront (1).
Ce sera l’œuvre de Pierre. Elle était complétée d’abord parune autre série d’oukases, qui avaient pour objet d’arrêterl’exode des paysans fuyant les nouvelles rigueurs de leur con-dition, cherchant en foule un refuge au delà de la frontière,peuplant les contrées limitrophe de la Pologne. Ces oukasesétaient autant de verrous mis à la prison de l’universelle ser-vitude. Puis est venue la création d’une nouvelle catégorie deserfs. Pour faire marcher les usines que le Réformateur s’occu-pait d’installer, les ouvriers manquaient. Où en prendre ? Les
(i) Klioutchevski, La capitation et son influence sur la condition despaysans, dans la Pensée russe (.Rousskaïa Mysl), 1886.