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I.’OEUVUE.
seuls travailleurs connus dans le pays sont les serfs. Le travaillibre n’existe pas. Eh bien, les usines auront leurs serfs commela terre a les siens. Les industriels recevront le droit de recru-ter par voie d’achat le personnel qui leur est nécessaire (I).
Pierre n’est pas un souverain inhumain. La création en1701 de soixante hospices établis auprès des églises deMoscou (2) le prouve éloquemment. Mais la raison d’État qu’ilreprésente est une loi dure, féroce même. Pour toutes lesgrandeurs et toutes les gloires qu’elle promet à la Russie, elleréclame une lourde rançon. C’est le paysan russe qui en payerala plus grande partie jusqu’en 1861.
III
La bourgeoisie.
A en croire d’ailleurs ses apologistes, Pierre ne se serait pasrésigné à amoindrir ainsi le programme de réformes à luilégué par ses prédécesseurs, en en retranchant la libérationde la population rurale. Il aurait seulement subordonné lasolution de ce problème à l’accomplissement préalable d’uneautre œuvre : l’émancipation de la classe urbaine. La ville,relevée de sa misère et de son avilissement, affranchirait levillage. Je n’ai nulle part, ni dans les actes ni dans les écritsdu grand homme, aperçu trace d’une semblable pensée. Ils’est assurément donné beaucoup de mal pour créer une bour-geoisie dans les cités naissantes de son empire et pour rendrecette bourgeoisie digne de sa vocation naturelle. Autonomieadministrative et self-government anglais, corps de métiers,maîtrises et jurandes françaises, guildes allemandes, il a essayéde tout, à la fois et pêle-mêle, suivant son habitude. Le succès
,1) Oukase du 18 janvier 1721 ; vov. Biélaief, Les paysans en Russie, Mos-cou, 1860, p. 257.
( v 2i Pylaief, Le vieux Moscou, p. 419.