LA RÉFORME SOCIALE.
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n’a pas répondu à son attente. Dans l’histoire du développe-ment progressif des centres industriels et commerciaux de laRussie moderne, son règne a fait époque, sans doute; mais,dans les résultats obtenus, l’organisation tentée de la classeindustrielle et marchande n’a été pour rien. Elle n’a donnéque des mécomptes. Les villes se sont développées par l’effetdes succès politiques et des victoires économiques, conquêtede ports et établissement de voies de communication nou-velles, qui ont donné à l’industrie et au commerce du paysune impulsion nouvelle. Dans les provinces baltiques, Pierrea trouvé une bourgeoisie locale toute faite. Ailleurs il a perdusa peine en cherchant à en tirer une du néant. Je ne crois pasle génie du peuple russe aussi rebelle à l’esprit corporatifqu’on l’a prétendu. Il peut y avoir diverses formes de corpo-rations, et Yariel, ce mode national et démocratique d’associa-tion si répandu en Russie, en est une au fond, plus libre, plusconforme aussi au principe initial de confraternité, vicié dansles corporations de l’Occident par l’esprit despotique de Rome.Je crois, et l’exemple de Pierre est pour confirmer ma foi, àl’impossibilité de créer des forces sociales par la voie des loiset des règlements. Pierre en a usé inutilement une grandequantité. Il y a mis d’ailleurs, à son ordinaire, beaucoupd’inconséquence. Après avoir esquissé, en 1699, un vaste pland’établissement municipal autonome, d’ordre social, il a fini,en 1724, par lui substituer une vulgaire magistrature du typebureaucratique. Il ne s’est pas préoccupé aussi de reconnaîtresi les formes exotiques, imposées du jour au lendemain à lavie industrielle et commerciale de son pays, étaient un vête-ment à sa mesure. Il ne s’est pas aperçu que ce vêtements’était usé déjà sur les épaules de ses voisins d’Europe, quis’apprêtaient à le jeter bas, et qu’il habillait son monde avecde vieilles guenilles. Tout en prétendant aussi favoriser le dé-veloppement de l’industrie et du commerce, il n’a pas renoncéà la politique fiscale de ses prédécesseurs, qui avaient envi-sagé principalement dans la population urbaine un élémenttaillable et corvéable. Il n’a fait qu’aggraver ce régime d’ex-