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L’OEUVRE.
ploitation inconsidérée (I). Enfin, s’il a voulu, ainsi que je l’aiindiqué plus haut, que sa simili-noblesse de dvorianié ne déro-geât pas en se livrant aux occupations de la classe bourgeoise,il a admis aussi que l’inscription d’un membre de cette aristo-cratie dans la classe bourgeoise constituât une peine infamante,une flétrissure, et il est difficile de partager l’enthousiasmeque cette idée a inspiré à Voltaire (2).
Pierre a été un réformateur social inconscient. C’est sa meil-leure excuse. A la ville comme à la campagne, le grand myopen’a fait qu’effleurer, en passant et sans y prendre garde, ouheurter en tâtonnant quelques-uns des grands problèmes dontl’intelligence, dans cette sphère, aurait réclamé de lui unregard autrement compréhensif dans un champ visuel autre-ment étendu.
A un point de vue cependant, mais toujours inconsciem-ment, indirectement aussi, il a accompli dans cette mêmesphère une œuvre de grande portée. U a introduit, ou plutôtil a fait rentrer dans l’organisme social un élément dont l’assi-milation peut être considérée comme conduisant à une combi-naison plus harmonique de toutes ses parties. L’Église avantlui vivait en marge de la société. Avec ses droits et privilègesrivaux de ceux de l’État et analogues aux siens, ses biens im-menses administrés en dehors de toute tutelle gouvernemen-tale, sa clientèle propre de serviteurs, sa juridiction nullementbornée aux affaires ecclésiastiques, elle constituait un État àpart. Pierre, nous le savons déjà, a changé tout cela. Lui ré-gnant, prêtres et moines rentrent dans le rang. S’il n’en faitpas des citoyens, il en fait tout au moins des sujets. C’est uncommencement.
(1) Ditutine, L'administration des villes en Russie, p. 175.
(2) Voy. les réflexions à ce sujet de Damaze de Raymond dans son Tableauhistorique, géographique, etc., de (a Russie , t. I, p. 119. Paris, 1812.