L’OEUVRE ÉCONOMIQUE.
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et à coups de bâton. Les compagnies marchandes et indus-trielles sont, en 1699, une première tentative de ce genre.Les Hollandais s’en effrayent d’abord et finissent par enrire.
La guerre veut de l’argent; ce sont les armées permanentesqui ont donné l’essor, en Occident, à la doctrine mercantiliste,et voilà Pierre enrôlé sous le drapeau de Colbert, éperdument.La tradition nationale est, il est vrai, avec Colbert, elle aussi.Déjà sous Alexis Miha'ilovitch, et probablement plus tôt, lesdroits d’entrée étaient payables à la douane moscovite enducats de Hongrie ou thalers hollandais. Pierre maintient, enl’aggravant, ce système, qui s’est perpétué jusqu’à nos jours.Il interdit l’exportation des matières précieuses sans se soucierde ce que Bodin ou Child ont pu écrire sur le danger de cettepratique. Sans avoir jamais luKlock, Schrôder ou Decker, il vaau delà de leur sentiment, jusqu'à défendre à ses sujets d’ac-cepter la monnaie du pays en payement de leurs marchan-dises (1). Il croit à la balance du commerce et réussit a enavoir une favorable, privilège que son empire conservait ré-cemment encore, en commun avec l’Espagne. D’après Mar-perger, aux environs de 1723 la Russie gagne plusieurs tonnesd’or par an dans ses échanges avec l’étranger (2). Il croit auxbienfaits du protectionnisme. Maître d’un pays qui de nos joursencore demeure presque exclusivement, au point de vue ducommerce extérieur, un producteur de matières premières, ilinterdit l’exportation de certains produits de cette espèce, lalaine par exemple, et grève les autres d’un droit de sortiepresque prohibitif. En attendant qu’il puisse vêtir son arméeentière de drap fabriqué dans le pays, il n’en veut pas d’autrepour ses vêtements, et en rend l’emploi obligatoire pour leslivrées (3). Un Fi’ançais du nom de Mamoron ayant établi àMoscou une fabrique de bas, défense était faite aux Moscovites
(1) Recueil des lois, 2793, 2889, 3441. Gomp. l’étude de Stieda dans la Rus-sische Revue , t. IV, p. 206.
(2) Moscovitischer Kaufmann, 1723, p. 218.
(3) Solovief, t. XVI, p. 203.