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L’OEUVRE.
de s’approvisionner ailleurs. Des industriels protégés par leTsar hésitant à convertir en chapeaux le feutre par eux fabri-qué, un oukase intervenait pour leur donner du courage : ilsne pourront vendre leur marchandise qu’en portant au marchéun certain nombre de couvre-chefs sortant de leurs ateliers.
Cet assaut de sollicitations, d’arguments persuasifs et coer-citifs, d’assistance morale et pécuniaire n’a pas été, à la longue,sans effet. Des usines surgissaient, quelques-unes subvention-nées, d’autres exploitées directement par le souverain, d’autresenfin vivant de leurs propres ressources. L’Impératrice com-manditait une fabrique de tulle et une fabrique d’amidon àEkatierinhof. Pierre, bornant d’abord son initiative à la pro-duction d’objets intéressant la marine, toile à voiles, salpêtre,soufre, cuirs, armes, arrivait avec le temps et un peu malgrélui à en étendre la sphère. Je le vois fabricant de percale àPétersbourg, de papier à Douderof, de drap un peu partout.
Le malheur était que ces établissements ne prospéraientguère. Le Tsar avait beau vendre sa percale à perte, livrant àcinq copecks l’archine d’étoffe, qui lui en coûtait quatorze. 11s’obstinait, comme toujours; il renchérissait encore, préten-dant introduire en même temps dans son pays les industriesde luxe. La Russie arrivait à produire des tapisseries de hauteet de basse lisse avant de savoir filer du coton ! Et, toujours,il ne se bornait pas à stimuler; il frappait! En 1718, un oukaseinterdisait l’emploi du suif pour la préparation des cuirs, où legoudron devait être employé — sous peine de confiscation etde galères!
Mais, en se démenant de la sorte à tort et à travers, voiciqu’il rencontrait un champ aisément fécondable, d’un ren-dement immédiat, d’une richesse énorme, et aussitôt safougue, son emportement, sa verve créatrice produisaient desmerveilles. Il mettait la main sur les mines. Sous Alexis déjà,un Hollandais et un Danois avaient opéré des fouilles dans lesenvirons de Moscou et retiré quelques tonnes de minerai (1).
(1) Storcii , Historisch-Statistische Gemalde d. Jtussischen R riches, Rijja,
1797, t. II, p. 485.