L’OEUVRE ÉCONOMIQUE.
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des champs, de l’emploi d’instruments et de méthodes de cul-ture perfectionnés. Il essayait d’acclimater la vigne dans lepays des Cosaques du Don et s’appliquait à en développer laculture dans les environs de Derbent, où il faisait planter desceps persans et hongrois. En 1712, il établissait les premiersharas. En 1706, il devenait le premier éleveur de moutonsdans les gouvernements de llarkof, Poltava et Iékatierinoslaf,qui en sont peuplés aujourd’hui (1). Il a été aussi le premierforestier de son pays. Le premier il s’employa à protéger lessurfaces boisées contre les habitudes de destruction inintelli-gente invétérées parmi ses sujets. Il avait pour cela, il est vrai,des procédés qu’un ministre de l’agriculture aurait peine àimiter actuellement, même en Russie : sur les bords de laNéva et le long du golfe de Finlande, de cinq verstes en cinqverstes, des potences étaient dressées à l’intention des dépré-dateurs. Dans l’enceinte même du Pétersbourg actuel, surl’emplacement occupé aujourd’hui par la douane, une forêt desapins s’élevait alors ; comme on s’obstinait à y couper dubois, Pierre ordonnait une rafle, condamnait le dixième desdélinquants arrêtés à être pendus et faisait donner le knouteaux autres (2).
D’une manière générale, sur le terrain de progrès écono-mique, la bonne volonté du Réformateur a rencontré undouble obstacle : d’ordre moral et d’ordre politique. A la datedu 13 mars 1716, un oukase adressé au Sénat prononçait lapeine de mort contre les marchands du pays qui, fidèles à unepratique dont leur clientèle anglaise se plaignait depuis long-temps, introduiraient dans les paquets de chanvre de la mar-chandise détériorée ou même des pierres destinées à en aug-menter le poids (3). La moralisation du commerce et de l’in-dustrie nationale n’en est pas moins restée un problème léguéaux temps futurs. À la fin du règne, les éléments d’activitécommerciale et industrielle, suscités, tirés presque du néant
;1) Archive russe, 1873, p. 2288.
(2) SobOF, Etude dans le Journal de l’agriculture, 1872
(3) Sborhik, t. XI, p. 308.