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I/OEÜVRE.
par le grand créateur, demeuraient encore à l’état sauvage. En1722, Bestoujef signale de Stockholm l’arrivée dans cette capi-tale de quelques marchands russes venant d’Abo et de Revel :ils ont apporté un peu de toile grossière, des cuillers en bois,des noisettes, et vendent ces produits dans les rues, sur leurstraîneaux, en faisant cuire du cacha en plein vent; ils refusentd’obéir aux injonctions de la police, s’enivrent, se querellent,se battent, et offrent le spectacle honteux d’une saleté repous-sante (1).
L’obstacle politique, c’étaient les finances. Dans l’histoiredu grand règne, la politique financière fait une tache d’om-bre. De toutes les parties de l’oeuvre de Pierre, c’est celle quiparait le plus directement inspirée, commandée par la guerre.Elle s’en ressent. Elle n’est pas réformatrice tout d’abord,tant s’en faut ; elle est presque toujours franchement détes-table. Je ne puis qu’en indiquer sommairement les traits.
IV
Les finances.
Les ressources pécuniaires dont Pierre disposait à son avè-nement ne peuvent être mises directement en parallèle aveccelles des autres États européens. Au rapport de Golikof, ellesne dépassaient pas 1,750,000 roubles (2). Reposant sur unbudget aussi maigre, l’existence matérielle de l’État russeprendrait, même à l’intérieur et indépendamment de touteffort déployé extérieurement, l’apparence d’un problèmeinsoluble, si on ne tenait compte des conditions très spécialesdont elle bénéficiait à cette époque. Et d’abord, à part l’entre-tien de l’armée, cet État n’avait presque aucune charge à sup-porter. Il ne payait pas ses serviteurs, leurs services lui étant
(1' SOLOVIEF, t. XVIII, p. 164.
(2) T. XIII, p. 706.