L’OEUVRE POLITIQUE.
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temps de « surveiller de près la rentrée des impôts et tous lesintérêts de l’État « . C’était tout ce qu’il leur apprenait de leursnouveaux devoirs.
Eux-mêmes, on le devine, avaient des idées peu développéesà cet égard, ne sachant en réalité comment s’y prendre pourfaire ce qui les concernait, ni même ce qu’ils avaient à faireau juste , et malheureusement le souverain pris à partie, inter-rogé en des monceaux de correspondance officielle, n’étaitguère en mesure de les renseigner. Comment, pour commen-cer, faire sortir l’administration des finances des bureaux del’Hôtel de ville, où elle était, et la faire arriver aux bureauxdes gouvernements, où elle devait être? Eux et lui n’en savaientrien. On était obligé d’appeler Iiourbatof lui-même en consul-tation. Comment ensuite concilier les fonctions administrativesdes gouverneurs avec leur présence permanente à la tête descorps d’armée qu’ils commandaient? On se tirait d’affaire enleur adjoignant des remplaçants, sous le nom de Landrichters .Comment enfin faire comprendre à ces administrateurs queleur rôle principal était celui de pourvoyeurs de la caissemilitaire?
La contradiction entre le but apparent de la nouvelle orga-nisation et son but réel se révélait ainsi et provoquait, dès ledébut, un conflit aigu. Pierre ne pensant qu’à soutirer de l’ar-gent aux administrations provinciales, et celles-ci croyant de-voir défendre les intérêts généraux de leurs administrés, unelutte s’engageait, comme entre mauvais débiteur et créancierexigeant. De part et d’autre, on jouait au plus fin; on usait desubterfuges, ici pour accaparer les disponibilités, là pour lesdérober. Pierre avait le dernier mot, bien entendu, en recou-rant finalement à ses procédés familiers : un oukase du6 juin 1712 retirait simplement au gouvernement de Péters-bourg et attribuait à l’amirauté les revenus d’un certain nom-bre de localités ; le même jour, une somme de dix milleroubles était prélevée arbitrairement dans la caisse de ce gou-vernement pour le payement d’un arriéré de solde dù auxFrançais et Hongrois servant dans l'armée. Et l’expédient