L’OEUYUE POLITIQUE.
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tal. C’est à tort pourtant qu’on a loué Pieri’e d’avoir remplacépar la nouvelle assemblée l’ancien Conseil des Boïars, ouBoîarskaîa Douma. Si on ne sait rien, en effet, de l’époqueà laquelle ce débris suranné du vieil État moscovite a disparu,on est certain qu’en 1711 il n’existait plus. Il était remplacédéjà, depuis 1700 tout au moins, parle Conseil des ministres,se réunissant dans la Chancellerie intime ( Blijnaïa Kantsélaria )et confondu souvent avec elle. Pierre a soustrait, toutefois,dès la première heure à la compétence de ce conseil et s’estréservé à lui-même un département très important : l’exploi-tation de tout un ensemble de droits régaliens, qu’il a entendudiriger suivant des vues très personnelles, avec le concours defonctionnaires spéciaux, les prybylchtchiki. Au moment deson départ pour la campagne du Pruth, il ne sait que fairede celte administration, qui a pris un développement con-sidérable, et le Sénat n’a tout d’abord pour mission que del’en décharger. Ce n’est encore qu’un expédient de guerre.L’oukase qui appelle la nouvelle institution à la vie estpublié le même jour que la déclaration de la guerre à laTurquie, et, tout en empruntant à la Suède ou à la Polognel’idée générale et le nom de sa création, le créateur larevêt ainsi d’un caractère original. Assurément il est loinde prévoir le rôle, autrement important, qu’elle jouera plustard.
Ce rôle sera, tout naturellement d’ailleurs, de suppléer àl’absence des institutions centrales que le travail de décompo-sition signalé plus haut aura fait disparaître. La réforme de1708-1710 n’a rien imaginé pour concilier la nouvelle organi-sation provinciale avec l’ancienne administration centralisée àMoscou; elle a contribué seulement à détruire celle-ci. Lachancellerie intime est devenue ainsi le seul pouvoir centralisa-teur et se montre notoirement incapable de suffire à sa tâche.Mais c’est en 1714 seulement que l’on découvre, au sein de lanouvelle assemblée, une commission permanente, chargéeapparemment de remédier à cette insuffisance par l’expéditionde certaines affaires courantes. De 1711 à 1718, les attribu-