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L’OEÜVRE.
tions respectives des deux organes, Chancellerie et Sénat,restaient indécises. Ne sachant auquel des deux s’adresseravec leurs rapports ou leurs demandes, les autres pouvoirspublics se tiraient généralement d’affaire en s’abstenant. Lesattributions du Sénat n’arrivent à être définies que peu à peu,à coups d’oukases, qui d’année en année, et quelquefois demois en mois, les déterminent en les augmentant continuelle-ment. Elles finissent, avant la création des collèges surtout, às’étendre sur la totalité de l’action gouvernementale : admi-nistration proprement dite, justice, police, finances, armée,commerce, politique extérieure. Le Sénat prend soin des four-nitures pour les troupes en campagne; de la vente des mar-chandises au compte de l’État; de la construction des canaux;du nettoyage des rues à Saint-Pétersbourg. Jusqu’à l’établis-sement du Saint Synode, et même après, il intervient dans lesaffaires ecclésiastiques. En 1722, il poursuit en Pologne unenégociation ayant pour objet d’y faire prévaloir l’influencerusse. Il juge enfin, en dernier ressort, au civil et au crimi-nel (1). En 1724, ordonnant que les oukases rendus par l’As-semblée soient imprimés concurremment avec les siens, Pierreconsacrera seulement un pouvoir législatif qu’il lui a reconnudepuis quelques années déjà. Il a fait ainsi bon marché duprincipe de la séparation des pouvoirs, et en somme il n’adonné d’européen à son Sénat que le nom. Mais il s’en estexcusé vis-à-vis de lui-même par cette considération que toutcela n’est que provisoire. On verra plus tard à arranger leschoses plus régulièrement.
En attendant, les sénateurs « ont tout entre les mains » .C’est l’expression dont le Tsar se sert lui-même. Mais aussi neles tient-il pas quittes facilement de la besogne et de la respon-sabilité dont il les a chargés. Ayant beaucoup donné, il exigebeaucoup. Reproches, réprimandes, menaces pleuvent sur lesmalheureux délégués de l’autorité souveraine. Il leur écrit :« Ce que vous avez fait là, c’est pour rire, ou parce que vous
(1) Petrovskj, Le Sénat sous Pierre le Grande Moscou, 187.5, p. 224-238.