L’OEÜVKE POLITIQUE.
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« avez reçu des vziaiki (pots-de-vin); mais je vous ferai« venir ici (en Ingrie), et vous serez interrogés d’une autre« manière (1). » Et malheureusement les reproches n’étaientsouvent que trop justifiés. Le résident hollandais de Bie écritde son côté en novembre 1714 : « Le plus grand inconvé-nient est que toutes les affaires sont renvoyées au Sénat, quine décide rien. »
Dès la première heure Pierre a jugé nécessaire de complétersa création par un organe de contrôle. Il a commencé par faireassister aux séances de la nouvelle assemblée des officiersd’état-major, chargés à tour de rôle de surveiller ses délibéra-tions ! Puis il a mis sur pied les fiscaux. Mais cette fois encoreil n’a emprunté à la Suède qu’un nom ; la chose qu’il a misedessous est d’essence tout à fait locale : avec les contrôleurssuédois la politique inquisitoriale du Tsar a fait des espions,au pire sens du mot. Jusqu’en 1714 nulle dénonciation, fût-elle reconnue fausse et calomnieuse, n’entraînait pour le fiscalaucune responsabilité, et il partageait avec le Trésor le pro-duit des amendes qu’il faisait infliger. La voix audacieused’Étienne Iavorski, tonnant en 1712 dans la cathédrale del’Assomption contre l’odieux abus de pouvoir qui se pratiquaitainsi, était nécessaire pour en amener une atténuation tar-dive. L’oukase du 17 mars 1714 rendit du moins punissablesà l’avenir les erreurs volontaires des agents.
Un Ober- fiscal, ou contrôleur en chef, était attaché au Sénat.Sa fonction, remplacée en 1722 par celle du procureur général ,constituait un progrès réel, en ce qu’elle avait pour effet deraccorder des autorités qui longtemps s’étaient exercéessans aucun lien intime entre elles : le Tsar, le Sénat et lesdivers pouvoirs exécutifs. Le procureur général, correspon-dant avec ces derniers par l’intermédiaire des procureursplacés sous ses ordres et faisant lui-même l’office d’intermé-diaire entre le Tsar et le Sénat, servit de trait d’union. Pierrea sans doute pris modèle sur YOmbutsman suédois, délégué du
(1) Oukase au Sénat de septembre 1711. Archives du Ministère de la justice.