L’OEUVUE POLITIQUE. 53"
sée du Réformateur demeurait attachée à la destruction incon-sidérée de toutes les institutions centralisatrices. En 1712seulement, le mémoire d’un anonyme exposant l’utilité d’unCollège de Commerce provoquait un revirement dans cettepensée que nous savons si mobile. Avec sa promptitude dedécision habituelle, le souverain faisait à ce mémoire uneréponse inattendue : c’était l’oukase nominal du 12 février1712, décrétant la création du Collège en question. Il est vraique, cette fois, la décision n’était qu’intentionnelle. Jusqu’en1715, on n’en entendait plus parler. A cette époque, brusque-ment encore, la nouvelle institution, qu’on avait essayé d’abordd’organiser à Moscou, réapparaissait à Pétersbourg. Elle avaitmême déjà un directeur, en la personne de P.-M. Apraxine;mais c’est à peu près tout ce qu elle possédait. En mêmetemps, pour la première fois, la preuve se laisse voir, dans lescahiers de notes de Pierre, que l’idée le préoccupe et lui estdevenue familière. Elle restait encore bien confuse, flottantentre un Bureau ( prikaze ) des mines, un Tribunal attaché auSénat, qui serait un collège de justice, et un Collège de com-merce. Mais un peu plus tard une note autographe évoquedéjà un ensemble organique de six Collèges dans le style sué-dois (1). Henri Fick, qui se trouvait à ce moment au servicedu Tsar, n’y était sans doute pas étranger. Le premier projetdétaillé se rapportant à la matière est peut-être de lui (2).
Fick allait même en Suède, en décembre 1715, pour étudiersur place l’organisation à copier; mais deux années se pas-saient encore sans que rien fût fait. Pierre voyageait. A la finde 1712, il recevait, par l’entremise de Boetticher, son rési-dent à Hambourg, les Reflexions über des Russischen ReichesStaats-OEconomie du baron Christian de Luberas, dont lefils était employé en Russie, et aussitôt Luberas, à son tour,était chargé de rédiger le projet définitif.
De cette manière, ici comme ailleurs, aucune idée généralen’a servi de point de départ à la réforme en préparation, et les
(1) Sborxik, t. XI, p. 285, 286.
(2) Publié par Piékarski dans son ffist. de VAcadémie des sciences , t. I, p. 23.