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L’OEUVRE.
apei’çus partiels dont elle a procédé sont d’origine étrangère.On s’est mis en route sans trop savoir où l’on allait, et on aélargi son horizon chemin faisant. La vie pose des problèmes;on charge des étrangers d’en chercher la solution ; ils élabo-rent des projets; Pierre excelle à en saisir au vol et à en dé-gager les traits essentiels ; puis c’est le tour de ses collabora-teurs russes d’intervenir, en accommodant pratiquement cestraits au milieu local. Là-dessus un oukase intervient; troptôt encore la plupart du temps. La mise en pratique fait dé-couvrir les défauts de la conception, et Pierre montre tou-jours beaucoup de sagacité, beaucoup de sincérité aussi à lesreconnaître. On en est quitte pour défaire ce qu’on a fait etpour recommencer sur de nouveaux frais.
C’est pourquoi, en dépit de tous les oukases, les Collègesseront encore, en 1717, à l’état de préparation. On se bor-nait, cette année, à en déterminer le nombre et la qualité, et àen nommer les présidents. Après quoi une absence prolongéedu souverain arrêtait le progrès de l’œuvre. Si Golikof (VI, 65)et Pierre lui-même dans son Journal font mention des Collègescomme d’une organisation fonctionnant déjà à cette époque,c’est en parlant des Chancelleries de la guerre, de l’amirauté etdes affaires étrangères, qui déjà ont pris ce nom dans le langagecourant (1). Mais la Kamer-Kollegia, ou trésorerie, n’est misesur pied sérieusement qu’en 1722 ; les autres Collèges ne fontqu’ébaucher leur organisation de 1720 à 1721. Et Pierre lui-même restait à peu près étranger à ce travail. En 1792 seule-ment il s’en mêlait avec quelque détail à propos du Collège deVamirauté , dont il prétendait rédiger personnellement le rè-glement. On s’apercevait alors, et qu’il ignorait absolumenttout ce qui avait été fait, et que ses idées, sur ce point, demeu-raient très rudimentaires, puériles presque. Le 11 mai 1722,il rendait un oukase ordonnant la rédaction pour tous lesCollèges de règlements copiés sur celui de l’amirauté. On sebornerait à changer les noms là où cela paraîtrait nécessaire -(2).
(1) Miuockof, p. 589.
(2) Recueil des loisy n° 4008.