L OEUVRE POLITIQUE.
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Or non seulement les autres collèges avaient déjà leurs règle-ments rédigés, mais le seul d’entre eux, le « collège des bienspatrimoniaux « ( Vottchinnaîa Kollegia), qui s’avisait de pren-
dre la volonté du souverain à la lettre, arrivait, en l’appli-quant, à des coq-à-l’âne risibles.
Les résultats de la réforme ne se sont fait jour que très par-tiellement du vivant de Pierre. Il en était un immédiatementbienfaisant; je veux dire la restauration de Vunité de la Tré-sorerie, que la ruine de la centralisation administrative avaitfait disparaître depuis la création des gouvernements. Le réta-blissement de l’équilibre budgétaire, ruiné depuis 1704,suivait de près. Encore ce bienfait était-il aussitôt compromispar un prompt retour, dans la pratique des choses, à la tradi-tion nationale qui répugnait, sur ce point, à l’adoption desméthodes de l’Occident. Après avoir généralisé en principe,on se remettait à spécialiser recettes et dépenses, appliquanttelle source de revenu à telle dépense particulière. Et le désor-dre s’étendait à l’administration. Après avoir subordonné lesCollèges au Sénat, on faisait exception pour trois d’entre eux,ceux de la guerre, de la marine et des affaires étrangères, quirecevaient le privilège de correspondre directement avec lesouverain, se plaçant ainsi hiérarchiquement au-dessus de lahaute Assemblée. Et la décentralisation réapparaissait avecl’indiscipline et le chaos.
Ce n’est pas tout, l’organisation des Collèges était complétéepar l’adjonction des provinces financières suédoises. C’était par-fait; seulement ces provinces se trouvaient faire double emploiavec les gouvernements, qui étaient déjà des circonscriptions àla fois financières et administratives, et qui subsistaient. LesCollèges eux-mêmes faisaient à beaucoup d’égards double em-ploi avec le Sénat. 11 y avait pléthore de rouages maintenant,et en même temps il y avait disette d’hommes pour les fairemarcher. Pour garnir les bureaux multipliés à plaisir, on étaitréduit à faire état des prisonniers suédois (1)! On s’était in-
(1) Recueil des lois , n° 3101.