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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’OEUVRE.

stalle avec trop de luxe. On avait bâti des palais qui, commeles maisons de la nouvelle capitale, menaçaient de demeurervides. On était en peine même pour trouver un nombre suffi-sant de sénateurs à figure décente. Un des premiers nommés,le prince Michel Vladimirovitch Dolgorouki, ne savait pasécrire (I)! Tous n’avaient aucune expérience des affaires,aucune idée même du véritable objet de leur mandat, aucunsouci de le remplir, et la plupart aucune honnêteté. Dans lesCollèges ils perdaient leur temps — c’est un oukase de Pierrequi le dit — à bavarder ou à s’injurier « comme les femmes« qui vendent aux étalages « . Au Sénat, un prince Volkonski,un directeur de la Monnaie, Apouhtine, étaient convaincus,en 1715, de concussion et subissaient la peine du knoute etdu percement de la langue avec un fer rouge (2). Et le châti-ment infligé au fonctionnaire indigne n’emportait même pasgénéralement sa mise hors cadre. On eût été trop embarrassépour le remplacer. En 1723, Skorniakof-Pissaref perdait sacharge de procureur général, ses titres et ses biens; mais,dégradé au rang de simple soldat, il recevait commissionpour la surveillance des travaux du canal de Ladoga.

Ainsi qu’une armée, Pierre est arrivé à posséder une admi-nistration équipée à l’européenne. Il a trouvé plus facilementdes soldats que des administrateurs. En empruntant à l’Eu-rope la forme du Collège, le Réformateur n’a pas réussi, nimême cherché à en assimiler simultanément l’esprit vivifiant,le principe du travail en commun, du partage des responsa-bilités, « fruit trop exotique pour être acclimaté en Russie » ,a dit récemment encore un écrivain du pays (3). Il n’a fait quefonder une bureaucratie.

(!) Petbovski, p. 50.

(2) Dépêche de de Bie aux États généraux, 26 avril 1715. Archives de laHaye.

(3) Milioukof, ouvr. cité, p. 565.