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L’OEUVRE.
des clubs de révolutionnaires. A Saint-Pétersbourg, les règle-ments de la police étaient abondants, minutieux et excessifs;dans un pays où, depuis des siècles, la mendicité constituaitun élément régulier de vie sociale, ils frappaient l’aumôned’une amende et appliquaient la peine du knoute ou des tra-vaux forcés au simple fait de tendre la main dans la rue ! En1719, on comptait tous les jours cinq ou six personnes fouettéespour cette raison (1). C’est une preuve suffisante que la mesurerestait sans effet. Également impuissantes étaient celles quela police prenait pour restreindre les incendies, cette autreplaie locale. A Moscou en 1712, les flammes détruisaient enun jour 9 monastères, 86 églises, 35 hospices, 32 bâtimentspublics, 4,000 maisons privées, et faisaient 136 victimes (2).
La société avait peine à se dégager de l’état sauvage, et leconcours prêté à l’administration et à la police par la justicen’était pas fait pour hâter l’évolution.
III
La justice.
Pierre se trouvait aux prises, sur ce point, avec une concep-tion invétérée, indéracinable jusqu’à une époque très récente,qui, aux yeux de tout Russe, faisait de toute fonction, d’ordreadministratif ou judiciaire, non une charge, mais un bénéfice.L’antique système du Kormlénié (action de nourrir) s’y affir-mait et s’y perpétuait. L’emploi nourrit son homme et n’estbon qu’à cela (3). « En Russie, la justice est un objet de vente »,écrivait le publiciste serbe Krijanitch, un contemporain deLocke. En d’autres termes, Possochkof répète l’affirmation.Tous les étrangers, Herberstein, Fletcher, Olearius, Maskie-
(1) Kostomakof, Histoire de Bussie, t. II, p. 629.
(2) Solovief, t. XVI, p. 254.
(3) Voy. Nil Popof, Tatitchtchef et son temps , p. 25.