L’OEUVUE POLITIQUE.
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wicz, signalent le mal. Pierre n’en viendra pas à bout. En 1724,il légiférera encore contre les juges prévaricateurs.
Les ducs de Moscou ont conquis leur suprématie moins àcoups de sabre qu’à coups de présents distribués aux fonc-tionnaires tatares; la Russie est sortie de cette école et enporte la marque. Le mal est dans son sang. Pierre ne s’attaqued’ailleurs que sur le tard à cette partie de sa tâche. A part unoukase de 1714 contre les pots-de-vin, dont celui de 1724n’est que l’amplification, et quelques mesures prises en 1716pour remédier aux lenteurs de la procédure criminelle et dés-encombrer les prisons, il s’abstient jusqu’en 1718 de toutessai de réforme générale. A ce moment, son attention se porteenfin de ce côté, et, comme toujours, il prétend aussitôt fairetout à la fois, mettre d’un coup les choses sur le pied euro-péen. La Suède servira encore de modèle, et copie est prise àStockholm d’une masse de documents devant fournir les indi-cations nécessaires. Les voîvodes sont déchus de leurs pouvoirsjudiciaires, et des cours de première et seconde instance dansles provinces, des cours d’appel paraissent dans la capitale etles villes plus importantes.
Le Réformateur a fait ici, comme ailleurs, la dépense d’uneffort considérable, en même temps qu’il témoignait d’uneadmirable conscience de son propre devoir. Un plaignants’adressait à lui ; il refusait de l’écouter et de recevoir sa requêterédigée par écrit. L’homme disait : « C’est contre vous. » —
« Donnez. » Et le souverain se laissait condamner par le Sénat,auquel il soumettait l’affaire, à des dommages-intérêts qu’ilpayait sans broncher (I). Il avait d’heureuses inspirations,comme l’oukase de 1716 défendant de mettre à la torture lesfemmes enceintes, — exception faite, hélas ! pour les affairesqui intéresseraient la sûreté de l’État; comme l’abolition, en1718, de la coutume barbare du pravièje. (Voy. p. 27.) Lerésultat général n’était guère satisfaisant. En 1723, après leprocès de Ghafirof, on vit surgir dans tous les tribunaux de
(i) î^il Popof, Tatitchtchef et son temps, p. 17 .