CHAPITRE Vil
l’armée et la marine.
I. Varmée. — Les précédents. — Pierre n’a fait que précipiter le mouvement.
— Débuts singuliers. — « Les régiments de plaisance. » — Qualités et défautsdes nouvelles formations. — La matière et l’esprit. — L’expérience de Narva.
— Sur la bonne voie. — L’élément moral. — IL La marine. — Les précé-dents. — Caractère hâtif et excessif de l’oeuvre nouvelle. — La marine mili-taire et la marine marchande. — Double échec. — Ce qui reste de l’œuvreaprès la mort de l'ouvrier.
I
U armée.
Pierre n’a pas donné à la Russie des finances bien organi-sées; il lui a donné une organisation militaire qui a fait sespreuves et qui constitue ainsi un des titres de gloire les moinscontestables du Réformateur. Son œuvre n’a pourtant pas ,même sur ce point, le caractère absolu de création personnellequ’on lui a assez généralement attribué, et elle n’échappe pas,d’autre part, à quelques critiques. Sans entrer à cet égard dansune discussion qui dépasserait ma compétence, je m’en tien-drai à un court exposé des faits les plus saillants et des opi-nions les plus autorisées.
On a pu dire des prédécesseurs du grand homme qu’ils pos-sédaient deux cent mille hommes sous les armes et pas unsoldat. Très pittoresque, l’aspect de cette armée n’avait riende militaire. A côté d’un chevalier du moyen âge, cuirassé dela tête aux pieds, on y apercevait un cavalier montant sansselle une maigre haridelle, un bâton à la main pour toute armeet un sac de seigle sur l’épaule comme provision de guerre.