L’OPPOSITION. — ALEXIS.
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éviter des redites. Il m’a semblé pourtant que la physionomiedes événements et des personnages n’est pas sortie, jusqu’àprésent, de cette mise en scène séduisante parfois et presti-gieuse, avec toute la netteté désirable et la plus grande partpossible de vérité. Je n’y prétends pas réussir comme je levoudrais ; on m’excusera de m’y être appliqué.
II
Alexis est né le 19 février 1690. Sur les portraits que nousavons de lui, il semble bien l’homme de son histoire et de sontragique procès : ni beau ni laid, le front bombé, l’œil rond etinquiet, l’air chétif et têtu. Ni au physique ni au moral il n'arien de son père ; rien aussi pourtant de l’être disgracié qu’ona représenté souvent. Je lui vois une santé peu robuste etbientôt ruinée par des excès de toute nature, mais sans aucuneinfirmité ; une intelligence naturellement ouverte ; le goût dela lecture ; la facilité commune aux Slaves pour l’étude deslangues étrangères, et jusqu’à la curiosité du savoir, ou dumoins d’un certain savoir. Ses préférences, comme celles deson oncle Féodor, étaient pour les livres de théologie. L’espritde la vieille Moscovie paraissait là, mais aussi celui du Methodusinstructions composé pour le jeune prince par un de ses pré-cepteurs, le baron Huissen, qui semble avoir été un hommetrès dévot. Dans les dossiers du procès que Pierre intentera àson fils figureront des extraits de Baronius mis. à la charge del’inculpé. On y peut découvrir des traits autres que ceux dontla sévérité paternelle s’est avisée, les indices d’une âme géné-reuse et tendre. Il a plu à Alexis que Théodose et Valentinienaient eu l’habitude de libérer les prisonniers à l’occasion desfêtes de Pâques ; qu’ils aient interdit les exécutions capitalespendant la durée du carême et défendu d’enlever aux pauvresgens leur chauffage et leur coucher. Il lui a plu aussi, il est