L’OPPOSITION.
ALEXIS.
565
de son héritier. Et alors un premier conflit se produira. Avanttoute chose, le vaincu de Narva, le futur vainqueur de Poltava,croira devoir faire de cet héritier un soldat. Alexis n’a pasl’humeur belliqueuse. Pierre aura beau lui parler, en un lan-gage magnifique, des obligations qui incombent à un souve-rain. Oui, sans doute, le devoir l’appelle au premier rangquand ses sujets se battent; mais pourquoi se battent-ils? 11serait si simple de rester chez soi et de laisser les Suédois chezeux. L’élève manque de docilité, le maître de patience. Aprèsquelques essais infructueux de l’un pour donner à l’autre legoût du rude métier, objet de leur querelle, Alexis sera aban-donné à lui-même, délaissé à Moscou, ainsi qu’une choseinutile. Sa maison y deviendra naturellement le centre de ral-liement de tous les mécontents, assez nombreux dans le voisi-nage du KremI, de tous ceux que gêne et irrite le nouveaurégime, avec ses bouleversements incessants, sa fièvre conti-nuelle d’action, sa terrible dépense de forces. Le jeune hommeet la vieille ville se conviennent mutuellement. Il l’aime et ellele lui rend. Il l’aime surtout en ce qu’elle a de plus aimable,en effet, et de plus attrayant, dans ses sanctuaires innombra-bles, cathédrales et chapelles parées d’or, de pierreries et delégendes mystérieuses, embaumées de mystère et de naïvepoésie, k Croyez-vous, lui demandera-t-on plus tard, que votre« fiancée consente à changer de religion? » Et il répondraavec un confiant sourire : « Je ne ferai rien pour la contrain-« dre ; je la mènerai seulement dans nos églises de Moscou ;« elle voudra, j’en suis sûr, y prier avec moi (1). »
Et voici que la révolution en vient à porter une main sacri-lège sur la majesté et la beauté de ces lieux saints ! Elle privela capitale de son Patriarche ; elle dépouille les monastères !Alexis s’en entretient avec son confesseur. Dans sa chambre àcoucher de Préobrajenskoïé, avant sa première communion, ila juré à ce prêtre une obéissance éternelle; il a promis de voirtoujours en lui « son ange tutélaire, le juge de toutes ses
(1) Solovief, Lectures (Tchténia), 1861, liv. III.