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L’OEUVRE-
Alexis par son père. Un pauvre être de grâce et de faiblesse,que l’on a pitié à voir prise là comme un oiseau au piège,enveloppée dans le sombre drame en préparation, incapablede se défendre, ni même de comprendre ce qui lui arrive. Ellene saura que souffrir et mourir.
Les débuts du mariage parurent heureux. Alexis semblatrouver l’épousée à son goût. Il relevait vivement des proposmalveillants tenus par Menchikof à son sujet; elle lui en savaitgré et le témoignait. D’âme douce et rêveuse, elle ne deman-dait qu’à aimer. Une expédition dans l’île de Rügen, à laquellele Tsarévitch devait prendre part, la mettait en émoi. Elleserait « innomahlement malheureuse, écrivait-elle, si ellevenait à perdre ce cher mari » . L’idée de le suivre à Péters-bourg l’effrayait d’abord ; mais elle se déclarait aussitôt après« prête à aller au bout du monde, pour rester avec lui (1) » .C’est encore Pierre qui commencera à gâter les choses, en semontrant acharné, pendant les années qui suivent, à vouloirdéfaire son ouvrage. L’idée de faire « servir » l’héritier l’arepris. De 1711 à 1713, Alexis sera presque constamment enchemin, entre Thorn, où il préparera encore des approvision-nements; la Poméranie, où il ira en courrier avec des ordressecrets pour Menchikof; les bords du lac Ladoga, où il s’oc-cupera de constructions navales. En même temps, ainsi désem-paré, le ménage aura encore à souffrir d’une gêne cruelle, malpourvu au point de vue pécuniaire, laissé fréquemment sansressource. En avril 1712, la princesse devra faire appel à labourse de Menchikof, son insulteur, pour un emprunt de cinqmille roubles ; en 1713, pensant mourir de faim, elle se sau-vera chez ses parents (2).
Le bonheur conjugal ne résiste pas à ces épreuves. Leslettres de Charlotte aux siens indiquent bientôt un esprit endésarroi, une âme en détresse. L’oiseau bat des ailes dans saprison. En novembre 1712, elle est désespérée; sa situationest « terrible » ; elle se voit mariée à un homme « qui ne l’a
(1) Guerrier, Die Kronprinzessin Charlotte, 1875, p. 25, 86, 90.
(2) Solovief, t. XVII, p. 148.