I/OPPOSITION.
ALEXIS.
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jamais aimée » . Puis, un rayon de soleil : tout paraît changé;le Tsarévitch « l’aime passionnément « , et elle « l’aime à lafureur ». Mais ce n’est qu’une éclaircie passagère. Une lettreprochaine la montre « plus malheureuse qu’on ne peutl’imaginer » ; elle a cherché, jusqu’à présent, à jeter un voilesur le caractère de son mari, mais « le masque est tombémaintenant (1) » .
Il se peut que l’insécurité des confidences livrées aux hasardsde la poste soit entrée pour une part dans leur apparente con-tradiction. Il est certain qu’aucun rapprochement durable,nulle intimité sérieuse n’ont pu naître entre ces deux jeunesgens si peu faits l’un pour l’autre. Au fait matériel d’uneséparation presque constante, des obstacles plus graves d’ordremoral se sont ajoutés. Charlotte est restée luthérienne ; leséglises de Moscou ont perdu avec elle leur éloquence. Elle aaussi emmené avec elle une petite cour allemande, dont elle afait sa société habituelle. Alexis, lui, demeure un orthodoxefanatique et paraît de plus en plus enfoncé dans l’étroit parti-cularisme moscovite. Avec toutes ses exigences et toutes sesviolences, Pierre n’a réussi qu’à le rendre plus entièrement etplus obstinément réfractaire à l’esprit du nouveau régime. Lalutte est désormais nettement engagée entre le père et le fils,tous deux y accentuant leurs dispositions naturelles : initiativeâprement énergique d’un côté, inertie obstinément passive del’autre ; parti pris de coercition despotique dans le sens révolu-tionnaire et parti pris de sourde opposition. En 1713, pour sesoustraire à un examen qui doit mettre à l’épreuve ses talentsde dessinateur, Alexis se tire un coup de pistolet dans la maindroite (2).
Il se fortifie d’autant plus dans cette attitude qu’autour delui une opposition plus générale a commencé de prendre corps.Sans y songer et sans y même prendre garde, il est devenuchef de parti. Au sein du clergé, Étienne lavorski lui-mêmenourrit pour sa personne des sympathies, qui se trahissent
(1) Guerrier, p. 117, 137.
(2) Oustrialof, t. VI, Documents du procès.