L’OPPOSITION. — ALEXIS.
573
deux des membres les plus influents du parti rétrogade. Kikineet Ignatief y liront ces mots : « Je vais au monastère y étantforcé. »
Et Pierre est encore pris au dépourvu. Partant peu aprèspour l’étranger, il laisse les choses en l’état. Évidemment il aconscience de s’être trop avancé. II a pensé effrayer son fils etle réduire à merci. 11 sait trop bien le rôle que des moines,moins voisins même du trône, ont joué dans l’histoire de sonpays. Malheureusement pour Alexis, ses amis vont mainte-nant lui donner d’autres conseils, moins sages. Toujours docileà leur inspiration, il va à son tour prendre les devants, perdretout le bénéfice de son apparente résignation, rendre à sonpère tout l’avantage conquis sur lui, et se précipiter à l'abîme.
Mais avant de le suivre sur cette pente fatale, j’ai à direquelques mots d’une légende fort bizarre et fort accréditée àun moment, qui s’est ajoutée aux complications, aux énigmeset aux traits romanesques de la sombre tragédie.
III
La princesse Charlotte aurait survécu à son mari. Accabléepar lui de mauvais traitements, frappée à coups de pied dansle ventre pendant sa grossesse, elle aurait eu l’idée de se fairepasser pour morte, et, avec l’aide d’une des dames de sa suite,la comtesse Warbeck, elle serait passée en France d’abord,pour gagner ensuite la Louisiane et y épouser un officier fran-çais, le chevalier d’Auban, dont elle avait eu une fille. Aubout de dix ans de ce mariage, on la retrouvait à Paris, où sonmari venait consulter les médecins et subir une opération.Elle était reconnue au jardin des Tuileries par un promeneur,qui l’avait vue à Pétersbourg et qui était le futur maréchal deSaxe. Il voulait parler au Roi de cette rencontre; mais elle luifaisait promettre de garder le silence pendant trois mois, et, à