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L’OEÜVRE.
de chagrin, car tout va bien, seulement à cause de son ventreon ne peut accomplir vite. »
Euphrosine paraissait assez facile à amuser; sur la route quiconduisait à la torture et à la mort l’homme par elle livré, ellene songeait qu’à se divertir en dépensant l’argent gagné, leprix du sang. À Venise, elle achetait treize aunes de drap d’orpour cent soixante-sept ducats, une croix, des boucles d’oreilles,une bague en rubis ; elle allait entendre un concert et regret-tait de ne trouver ni opéra ni comédie. Pensait-elle à l’avenir,au rêve d’amour sans soucis, au calme bonheur d’une retraitepartagée avec Aphrosiniouchka , dont lui parlaient toutes leslettres d’Alexis? Ses réponses banales, dictées à un secré-taire, n’en disent rien. Elle n’y ajoutait que quelques lignesde sa main, d’une grosse écriture mal formée, pour réclamerl’envoi de quelque friandise nationale, caviar ou cacha.
Une chance de salut restait au malheureux Alexis. Ce quis’était passé à Naples n’avait pas laissé de mettre l’Empereuren émoi et en quelque embarras avec sa conscience. N’avait-on pas fait violence au Tsarévitch? Il comptait voir son beau-frère au passage et l’interroger. Soudain il apprenait que leprince était déjà à Brünn, en Moravie. Tolstoï et Itoumiantsoflui avaient fait traverser Vienne nuitamment. Ils dérobaientleur prise. Noblement, Charles VI fait son devoir. Le gouver-neur de la province, comte Colloredo, reçoit l’ordre d’arrêterles voyageurs, de voir le Tsarévitch sans témoins, de lui de-mander s’il revient en Russie de son plein gré, et, en cas deréponse contraire, de lui donner les moyens de rester en Au-triche, en prenant toutes les mesures nécessaires pour garantirsa sécurité. L’ordre ne sera pas exécuté, hélas ! A l’aubergeoù Alexis est descendu avec son escorte, une scène a lieu, oùse révèle tout l’acquis de force morale que le règne de Pierreet son école ont déjà réalisé. En plein pays d’Empire, lesagents du Tsar barrent passage au représentant de l’Empereur.S’il le faut, ils mettront l’épée à la main pour défendre l’accèsdu Tsarévitch. Coloredo réclame de nouveaux ordres, et,hélas encore ! le conseil impérial se prononce pour l’abstention.