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L'OEUVRE.
VI
Euphrosine arrive à Pétersbourgle 15 avril 1718 et provoqueune curiosité générale, qui se change aussitôt en stupeur. Gom-ment, c’est cela dont le Tsarévitch s’est si fort épris (1)! Onl’enferme à la forteresse, on lui fait subir quelques interro-gatoires, et soudain la nouvelle se répand que le Tsarévitch aété arrêté. U avait jusqu’à présent conservé sa liberté, vivaitdans une maison voisine du palais, avec une pension dequarante mille roubles (2). Les dépositions de cette fille ont-elles mis en lumière des faits nouveaux? Pas que l’on sache.Étant à Ehrenberg, le Tsarévitch a écrit à ses amis de Russie,au Sénat, aux évêques, pour se rappeler à leur souvenir, etaussi à l’Empereur pour solliciter sa protection. U a parléd’une révolte dans l’armée russe cantonnée en Mecklembourg,de troubles dans les environs de Moscou, et s’est réjoui de cesnouvelles données par les gazettes. A Naples, il a continué sacorrespondance et ses propos malsonnants. Il a annoncé l’in-tention d’abandonner Pétersbourg quand il serait au pouvoir,pour vivre l’hiver à Moscou et l’été à Iaroslav, de n’avoir plusde vaisseaux et de garder quelques troupes seulement pour ladéfense du pays. En apprenant la maladie du petit PierrePétrovitch, il a dit à sa maîtresse : « Tu vois, mon père fait ce« qu’il veut, et Dieu fait ce qu’il veut. » Enfin, se voyantabandonné par l’Empereur, il a songé à se mettre sous la pro-tection du Pape. Ce sont des redites. Et Pierre en était si bienconvaincu lui-même tout d’abord, que l’arrestation d’Alexisavait lieu au bout de deux mois seulement. Dans l’intervalle, leprince était interrogé, sans doute, sur les particularités révé-lées par sa maîtresse, peut-être même avec l’emploi des moyens
(1) De Bie aux Etats généraux, 29 avril 1718. Archives de la Haye.
(2) Sbornik, t. XXXIV, p. 331.