CHAPITRE IX
LE TESTAMENT DE PIERRE LE GRAND. — CONCLUSION.
I. La mort de Pierre. — II. Le testament apocryphe et le vrai testament dugrand homme. — III. Aperçu général.
I
Pierre a pu faire bon marché des vengeances posthumes del’histoire. Alexis a trouvé dans le destin un vengeur plusprompt. Je ne crois pas qu’en vouant à la mort son fils aîné lesouverain ait imité le sacrifice d’Abraham, immolant sa chairà l’avenir de son pays et au salut de son œuvre. Il a montrédepuis, en cette matière, une trop grande incurie, dont j’aidéjà indiqué ailleurs les raisons (v. p. 187), dans sa concep-tion puissante, mais courte, des choses, et surtout dans l’infa-tuation de lui-même où il a vécu, incapable de s’intéresser àcet au delà, ou même de le comprendre en dehors de lui, aprèslui. Mais, s’étant donné un héritier de son choix, il a dû natu-rellement se complaire dans l’idée de profiter des loisirs quela guerre lui laissait maintenant pour façonner à sa guise lecorps et l’âme de cet enfant de l’amour. Il a tendrement aiméce puîné. Le 16 avril 1719, moins d’un an après la mort del’autre, le destin frappait à sa porte : le petit Pierre Pétrovitch,le fils de Catherine, était emporté en quelques jours de mala-die, et l’héritier, c’était désormais l’autre Pierre, le fils deCharlotte et de l’assassiné !
Pierre a paru d’abord se cabrer contre cet arrêt du sort,