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L’OEUVRE.
qui répondait au sien. Son entourage, à commencer parCatherine et Menchikof, en était révolté sans doute aussi. Lesouverain laissait pourtant écouler près de deux années sansprendre parti. Le 11 février 1722 seulement, un manifesterevendiquait pour le Tsar, en invoquant l’autorité d’Ivan Vas-silévitch, le droit de régler arbitrairement sa succession. C’estle principe de lapravda voli monarcheî {la vérité de la volontésouveraine) dogmatiquement exposé en même temps dans unécrit célèbre de Féofan Prokopovitch. Mais on en attendaitvainement pendant les années suivantes une sanction pra-tique. Rien ne venait, à cet égard, si ce n’est cette indicationvague et diversement interprétée : le couronnement d®Catherine.
Et cependant la santé du maître commençait à donner desinquiétudes aux siens. En mai 1721 déjà Lefort parlait d’unasthme, dont le souverain souffrait beaucoup. On crovaitaussi qu’il avait un abcès dans le corps. « Outre ces inconmio-« dités », ajoutait le diplomate, « il en est survenu une à« Riga, qui aurait bientôt fini la partie et qui était fort hors« de saison. Dieu sait son origine, mais l’on s’est aperçu qu'un« des pages mal peignés de ce héros a eu le bonheur de tom-« ber malade en même temps que son maître (1). » Le Tsaravait été à l’agonie pendant dix-sept heures, et, à peine remis,il ne songeait pas à se ménager. On observait seulement« qu’il faisait ses dévotions plus attentivement qu’à l’ordi-« naire, avec des meâ culpà et des génuflexions et beaucoup« de baisers en terre » .
Doué d’un tempérament exceptionnellement robuste, Pierrelui a toujours trop demandé. Il a vécu une double et triplevie. En 1722, au cours de la campagne de Perse, les premierssymptômes d’une rétention de l’urine se manifestaient, ets’aggravaient pendant l’hiver de 1723. Il ne se laissait guèresoigner et refusait absolument de prendre du repos. L’affaireMons, puis celle de Menchikof, auquel il était obligé d’enlever
(1) Sborsik, t. III, p. 332.