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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’OEUVRE.

d’un matelot et celui d’un chef d’empire ne sont pas de mêmenature. Il vient de sauver une barque et la vie peut-être dequelques hommes, mais il laisse en péril le grand navire et legrand équipage dont il avait le commandement. Qui le rem-placera à la barre? On n’en sait rien. Il n’a rien prévu, rienréglé, et il se montre incapable, devant la mort, du grand etsuprême acte de volonté et de conscience qu’on avait le droitd’attendre de lui. On a vu tantôt un matelot à l’œuvre; on n’aplus maintenant devant soi qu’un moribond vulgaire. Sa finest celle d’un fils dévot de l’Église orthodoxe, mais non pascelle d’un Tsar. Du 22 au 28 janvier, il se confessait et com-muniait trois fois ; il donnait des signes de repentir ; il dictaitl’ordre d’ouvrir les portes des prisons; en recevant les dernierssacrements avec beaucoup de componction, il répétait à plu-sieurs reprises : « Je crois, j’espère » ; mais il se taisait au sujetdu redoutable problème qui autour de son lit d’agonie mettaittous les esprits en émoi ; il faisait faillite au principe affirmédans son manifeste, à son omnipotence si hautement pro-clamée, si âprement défendue pendant toute sa vie, au plusessentiel de ses devoirs. Il ne laissera pas de testament. L’es-pèce d’effarement et de défaillance morale dont il a, à plu-sieurs reprises, donné l’exemple dans les circonstancestragiques qui ont éprouvé sa vie, semble encore, devantl’épreuve dernière, abolir son intelligence et son courage.Campredon parle d’une grande pusillanimité dont il auraittémoigné (1). Le 27, à deux heures de l’après-midi, il demandede quoi écrire, mais n’arrive qu’à tracer ces mots : « Rendeztout à... », qu’il n’achève pas, et où paraît encore cette façonsommaire et rudimentaire de trancher les questions les plusdélicates et les plus complexes, qui a trop fréquemment carac-térisé son initiative. Un peu plus tard, il fait venir sa fille,Anne, en indiquant l’intention de lui dicter ses dernièresvolontés; elle accourt, mais il ne peut plus prononcer uneparole. Et, pendant qu’il agonise, Catherine, qui s’inonde de

(1) Dépêche du 30 janvier 1723. Aff. étr. de France.