LE TESTAMENT DE PIERRE LE GRAND.
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l’Europe se déduisant logiquement, mathématiquement enquelque sorte, de cette réalité initiale?
Et le chevalier ou la chevalière d’Éon! Vous savez que c’estde lui ou d elle que serait venue, en une copie communiquéeau cabinet de Versailles, la première confidence du menaçantécrit. Les Mémoires de l’énigmatique personnage, publiésen 1836 par Gaillardet, en ont ensuite livré au gros public lafoudroyante révélation. Où Gaillardet a-t-il pris ces Mémoires?Il avait vingt-cinq ans en 1836 et venait de collaborer avecDumas à la Tour de Nesle. Des Mémoires authentiques ded’Éon se trouvent aux Archives du quai d’Orsay. Ai-je besoinde dire qu’ils n’ont rien de commun avec ceux qu’on lui aattribués, et qu’il ne s’y trouve pas trace d’un testament quel-conque? Par contre, on y découvre chez l’auteur les indicestrès clairs d’un état d’esprit qui semble absolument inconci-liable avec la connaissance d’un document de cette nature.D’Éon est plutôt contraire à un rapprochement entre la Franceet la Russie. Parce qu’il juge cette dernière puissance dange-reuse? Non pas! Parce qu’il la taxe de quantité négligeable !
Je ne sais pas où Gaillardet a pris les Mémoires qu’il lui aplu de mettre sur le compte de d’Éon, ou plutôt je in’en doutetrop. Je sais où il a pris le fameux Testament. J’arrive ici auxpreuves matérielles. La première version du document se ren-contre dans le livre de Lesur : De la politique et des progrès dela puissance russe, publié à Paris en 1811. La date de la publi-cation en indique suffisamment le caractère, et voici un détailqui l’accuse mieux encore : Sir Robert Wilson, agent du gou-vernement anglais auprès du gouvernement russe pendant lacampagne de l’année suivante, parle d’un grand nombred’exemplaires de cet ouvrage qui ont été trouvés dans les effetsdu duc de Bassano, ministre des relations extérieures (1). LeTestament n’est encore présenté là que comme un résumé denotes secrètes conservées dans les archives privées des souverainsrusses. L’ouvrage est assez vite oublié, et, jusqu’en 1836, les
(1) Private Diary 3 Londres, 1861, t. I, p. 258.