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L'OEUVRE.
développement naturel des peuples une action arbitrairementdécisive, me semble assez généralement abandonnée aujour-d’hui par la science historique, reléguée au rang des fictionsromanesques. La réalité des forces collectives entourant etportant les grands protagonistes du drame humain s’cst im-posée à l’esprit moderne. Elle est assez manifeste dans la car-rière et dans l’œuvre de Pierre. Son programme de réformesne vient pas de lui. Est-il seul à l’exécuter? Je le vois pousséau pouvoir par un parti; je l’aperçois ensuite entouré d’ungroupe d’hommes qui inspirent et dirigent ses premièresactions : Lefort, Yinnius. Ces étrangers, il ne les a même pastirés personnellement de la Suisse ou de la Hollande. Il les atrouvés sur place, disposés déjà à jouer un rôle conforme à leurorigine et à leur tendance naturelle, prêts à entrer en scène.Et puis, il n’y a pas que les étrangers! Kourbatof est un Russe,et Menchikof, et Demidof. Mais la guerre du Nord et son in-fluence sur la marche du mouvement réformateur? Je l’ai re-connue. J’ai du aussi reconnaître qu’en s’y précipitant Pierre asuivi un courant. On s’est mis en route vers la Baltique bienavant lui. On s’est armé aussi. C’est donc qu’on voulait sebattre. Mais le tempérament, le caractère, l’éducation per-sonnelle du grand homme? J’ai encore fait la part de ces élé-ments. Seulement, j’ai essayé aussi de montrer d’où ilsvenaient. J’ai indiqué du doigt la Sloboda, cette premièreéducatrice du jeune Tsar. Est-ce Pierre qui l’a plantée là, auseuil de la vieille capitale? J’ai porté les regards du lecteursur le fonds de rudesse, de sauvage énergie, si apparent danslame et dans la chair du peuple dont le grand homme estsorti. En est-il sorti seul à ce moment? Menchikof ne lui res-semhle-t-il pas par plus d’un trait? On dirait parfois d’unSosie. Et les autres, Romodanovski, avec ses emportementssanguinaires, Chérémétief, avec sa ténacité héroïque? Enfin,je veux le supposer encore solitaire et unique, surgissantcomme un phénomène isolé, tombant du ciel comme un aéro-lithe et entraînant les éléments ambiants par la vitesse de sachute et la pesanteur de sa masse. J’appellerais encore à la