Band 
Tome I.
Seite
69
JPEG-Download
 

PROCÈS ET MORT I)E MARIE STUART

6 9

de fermoirs, de corniches et de lames d’or. Ne'anmoins, Elle lesdora plus avantageusement par ses Royales paroles, luy disantque c’e'toit l’un des malheurs de la pauvreté' de sa prison, de nepouvoir pas luy donner chose qui fût digne de son mérite;toutefois, qu’il rendroit ce pre'sent recommandable par le profitqu’il en feroit, y e'crivant quelques bonnes remarques, et qu’illuy serviroit mieux qu’à Elle.

Cependant, cette grande âme passoit les longues anne'es, pleu-rant sur les rivages de cette cruelle Babylone, où Elle n’entendoitparler que de chaînes et de prisons, et de massacres des Catho-liques, malade continuellement du corps, et toujours inondéed’amertume en son esprit. Mais dans tous les soucis de cettelongue et cruelle captivité, rien ne la touchoit plus sensiblementque son fils, un jeune Prince qui étoit entre les mains des hé-rétiques, abandonné à leur mauvaise doctrine, imbu de leurserreurs, exposé comme une proye à leurs conspirations. C’estpourquoy Elle écrivit quelques années avant sa mort une longuelettre à la Reyne d’Angleterre, dont voicy quelques termes biennotables :

« Madame,

« Sur ce qui est venu à ma connoissance touchant les dernières» conspirations exécutées en Ecosse contre mon pauvre fils, ayant» toute occasion d’en craindre les conséquences pour l’exemple» que je reconnois en moy-même, il faut que j’emploie ce peu de» vie et de force qui me restent, devant que je sorte du monde,» pour vous décharger pleinement mon cœur par mes plaintes,» qui sont autant justes que lamentables.

» Je désire que cette lettre vous serve après ma mort d’un» témoignage perpétuel que je veux graver en votre conscience,» tant pour ma décharge à la postérité qu’à la confusion de ceux» qui, sous votre aveu, m’ont si cruellement et si indignement«traitée; et d’autant que leurs desseins, leurs pratiques et» procédures, pour détestables qu’elles ayent esté, ont toujours» prévalu en votre endroit contre mes très-justes remontrances» et toute la sincérité de mes déportemens, et que la force que» vous avez en main vous a donné la raison entre les hommes,« j’auray recours au Dieu vivant, notre seul juge, qui nous a» également et immédiatement établies sous luy au gouvernement