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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
» de ses peuples. Je l’invoqueray dans cette extrémité de mes» afflictions à ce qu’il rende à vous et à moy ce qui sera dû à nos» mérites et démérites. Souvenez-vous, Madame, que c’est le seul» juge à qui le fard et la police mondaine ne peuvent rien dé-» guiser, quoyque les hommes puissent pour un temps obscurcir» la vérité par la subtilité de leurs inventions.
» En son nom et comme devant luy, séant entre nous deux,
» je vous feray ressouvenir des secrettes pratiques dont vous» avez usé contre moy pour troubler mon Royaume, corrompre» mes sujets, les révolter contre moy et attenter contre ma per-» sonne. Je vous représenteray l’injuste démission que vous» m’avez fait faire par vos conseils, lorsque l’on me tenoit le» poignard sur la gorge en la prison de Lochlevin, m’assurant» qu’elle ne seroit nullement valable, quoyque depuis vous l’avez» fait valoir autant qu’il vous a esté possible, assistant par vos» forces ceux qui en avoient esté les premiers auteurs. Vous avez» fait transmettre mon autorité à mon fils, lorsqu’il étoit au» berceau et qu’il ne s’en pouvoit aider, et depuis que je luy ay» voulu légitimement assurer, vous l’avez mis en la puissance de» mes capitaux ennemis, qui, après luy en avoir ravy l’effet, luym en ôteront le titre, si Dieu ne le préserve.
» Je vous diray, devant ce juge redoutable, que me voyant» poursuivie à mort par mes rebelles, je vous envoyay par un» gentilhomme exprez une bague de diamans que j’avois reçeüe» de vous avec assurance d’être protégée par votre autorité,« secourüe par vos armes, et reçeüe en votre Royaume avec toute» amitié; cette promesse tant de fois réitérée par votre bouche» m’obligea de me venir jetter entre vos bras, si j’en eusse pu» approcher. Mais délibérant de vous aller trouver, me voilà en» my-chemin arreste'e, environnée de gardes, retenüe dans des» places fortes, réduite à une misérable captivité, où je meurs» aujourd’huy, sans compter mille morts que j’ay déjà souffertes.
» Après que la vérité a fait jour à toutes les impostures que)> l’on avoit semées de moy, et que les principaux de votre» Royaume ont reconnu et déclaré mon innocence; après qu’il» a paru que ce qui s’étoit passé entre le feu duc de Norfolk et» moy avoit été traité, approuvé et signé par ceux qui tenoient» les premiers rangs en votre Conseil; après que je me suis« accommodée un si long espace de temps à l’ordre qui m’étoit» prescrit pour ma captivité, je me vois toujours persécutée en