PROCES ET MORT DE MARIE STUART
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» ma personne et en celle des miens, totalement interdite, non-» seulement de survenir à la ne'cessite' pressante de mon fils,» mais aussy d’avoir aucune connoissance de son e'tat.
» C’est ce qui fait qu’encore une fois je vous supplie, Madame,» par la douloureuse Passion de notre Sauveur et Re'dempteur» Je'sus-Christ, qu’il me soit permis de me retirer hors du» Royaume, pour secourir mon cher fils, chercher quelque» soulagement à mon pauvre corps travaille' de continuelles» douleurs, et pre'parer avec toute liberté' de conscience mon» âme à Dieu, qui l’appelle journellement.
» Prenez de moy toutes les assurances et toutes les conditions» raisonnables que vous de'sirerez. La force est de votre côte'» pour me les faire observer, et vous avez assez d’expe'rience» comme j’ay toujours garde' mes plus simples promesses jusqu’à» mon propre pre'judice.
» Vos prisons ont de'jà de'truit mon corps, il n’en reste plus» guère à mes ennemis pour assouvir leur vengeance; l’âme» demeure encore entière, que vous ne pouvez, ny ne devez» captiver. Donnez-luy quelque lieu de respirer plus librement» son salut, que je souhaite mille fois plus que toutes les» grandeurs du monde. Quel honneur aurez-vous de me voir» e'touffer en votre pre'sence sous les pieds de mes ennemis? Ne» voyez-vous pas que si dans cette extre'mité, quoyque trop tard,» je suis par votre moyen tire'e de leurs mains, vous m’obligerez» moy et tous les miens, et nommément mon fils, dont vous» pourrez vous assurer?
» Je vous prie de me faire entendre là-dessus votre intention,» et de ne la remettre point à la discre'tion d’autre personne que» de vous-même. Je vous demande cependant deux choses, l’une,» qu’estant preste de partir de ce monde comme je suis, je puisse» avoir auprès de moy pour ma consolation quelque honorable» homme d’Église, afin de m’instruire et de me perfectionner» en ma Religion, dans laquelle je suis re'solue de vivre et de» mourir; l’autre, que j’aye deux femmes de chambre pour me» gouverner en ma maladie, vous protestant devant Dieu qu’elles» me sont très-ne'cessaires, quand bien même je serois ne'e entre» le simple peuple. Accordez-les-moy en l’honneur de Dieu, et» montrez que mes ennemis n’ont pas tant de cre'dit envers» vous, que d’exercer leur vengeance et leur cruauté' contre moy» en chose de si petite conse'quence.