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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
prison une Reyne innocente, déjà l’espace de vingt ans, latraitant avec de grandes indignitez; qu’Elle exerçoit continuel-lement des boucheries aux de'pens du sang des Catholiques. Ilpensoit que c’e'toit un fait de justice de faire mourir celle quiavoit vole' un Empire, comme si l’on tuoit un voleur au coind’un bois, qui tiendroit notre bourse en sa main et notre liberté'à la chaîne. Mais je ne voudrois pas approuver ces conseilssanglans, qui font naître des remèdes pires que les maux, ettroublent infiniment les États de la chre'tiente'.
Néanmoins, celuy-cy en tire quantité d’autres dans son sen-timent, qui s’offrent et se dévoilent à faire ce funeste coup! Lepremier d’entre eux étoit un nommé Babinton, qui e'toit d’illustremaison, de grand esprit, sçavant par-dessus son âge et fort zéléà la Religion catholique. Son exemple fit embarquer plusieursautres dans ce périlleux dessein. Les uns s’y portèrent parl’espérance de grandes récompenses; les autres par gloire, etles autres par haine du mal et des niéchans. Il n’est nullementcroyable (comme on fera voir) que la Reyne d’Écosse eût vouluse mêler là-dedans, Elle qui, outre la conscience, avoit uneprudence affinée par de longues expériences, qui luy eût fait voirincontinent la faiblesse de ce party, où la plupart étoient desjeunes gens bouillans et inconsidérez, qui n’avoient pas seu-lement appris à garder le secret, qui est le premier nœud desgrandes affaires. Ils portoient leurs cœurs sur les lèvres, et nese contentèrent pas de parler de leur dessein dans les tavernes :ils se firent peindre dans un tableau avec des devises, commeauteurs de la liberté, et le montrèrent entre eux par une fadevanité. Babinton ne se put tenir d’en écrire à la Reyne prison-nière, et les lettres étant vendes entre les mains de ses Secré-taires, Nau et Curies, qui s’ennuyoient de cette longue prison,n’en communiquèrent rien à leur Maîtresse, sçachant bien quela grande pureté de sa conscience l’éloigneroit de ces conseils siviolens. Mais comme ils virent que Babinton donnoit là-dedansun secret avis de la conférence qu’il avoit eüe avec Baillard, etque six gentilshommes avoient été choisis pour commettre unassassinat tragique, et qu’avec cent autres ils dévoient délivrer laReyne de prison, ils pensèrent qu’il ne falloit point négligercette occasion, et pour ce, ils firent réponse, empruntant le nomde Marie, et louèrent Babinton de son zèle envers la Religioncatholique et la personne sacrée de celle qui en étoit le soutien.