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Tome I.
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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

» le dis avec toute la sincérité de mon cœur et les larmes de mes» yeux, je ne voudrais pas conquérir un Royaume par le sang de» la plus vile personne tirée de la lie du peuple, beaucoup moins» par celuy de la Reyne. Jamais je ne feray naufrage de mon» âme, en conjurant la ruine d’une personne à qui j’ay voüé» tant d’honneur et d’amitié.

» Quant à mes Secrétaires, je les avois toujours reconnus assez» hommes de bien. Que s’ils m’ont chargée et accusée par dépo-» sitions de leur avoir dicté une réponse à Babinton, ils ont» commis deux grandes me'chancetez : la première, en violant» le serment qu’ils ont fait d’être secrets et fidelles à leur Maî-» tresse, et secondement, en inventant une si détestable calomnie» contre celle à qui ils dévoient tout respect et toute fidélité. De» sorte que toute la foy que vous pouvez tirer de cecy ne vient». que des perfides. Hélas, vray Dieu! c’est fait de la Majesté et» du salut des Princes, s’ils dépendent des écrits et des témoi-» gnages de leurs Secrétaires, en des affaires de si grande consé-» quence. Combien y en a-t-il qui se laissent aller à l’espérance» des richesses? Combien d’autres succombent aux menaces des» Grands? Ce sont gens de fortune qui suivent le flux et le reflux» de son inconstance. Si ces pauvres hommes ont déposé ce que» vous dites contre moy, cela a esté pour se délivrer de l’horreur» de vos supplices, et pour renvoyer tout sur une teste couronnée,» qu’ils pensoient estre inaccessible à vos commissions.

» Mais quels jurisconsultes estes-vous, d’avoir fait mourir» Babinton sans me le confronter, de luy avoir ouvert la bouche» à force de tourmens pour dire un mensonge, et puis l’avoir» fermée pour jamais à la vérité? Si mes Secrétaires sont encore» en vie, faites-les venir en ma présence, faites-les parler, et je» m’assure qu’ils ne persisteront point dans cette déposition que» vous m’objectez. Ne paroît-il pas bien que vous y procédez de» mauvaise foy, et que vous n’empruntez ces petites formalitez» que pour donner quelque teinture à votre préjugé?

» Jamais je n’ay rien dicté aux miens que ce que la nature m’a» suggéré pour recouvrer ma liberté. C’est la troisième objection» de votre procédé, et je vous demande si j’ay commis un grand» crime d’avoir souhaité un bien que la voix publique nous» enseigne, que les loix approuvent, que tous les hommes pra-» tiquent, que la nature apprend aux petits rossignols jusques» dans les volières et dans les cages. Que peut faire une personne