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Tome I.
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LES DESSOUS DE L HISTOIRE

» bien en conscience que rien ne me charge que ma naissance,

» et que rien ne me rend criminelle que ma Religion; mais je ne» puis de'mentir ce que Dieu m’a fait naître, et ne puis renoncer» le caractère que j’ay reçeu au jour de mon Baptême. J’ay ve'cu» et mourray catholique : c’est le seul crime où je ne veux point» d’avocats pour me de'fendre, où je désire avoir tout le monde» pour témoin, et où je ne crains pas les juges les plus redou-» tables. »

La pauvre Princesse trempa ses paroles dans ses larmes, pré-voyant la persécution des siens, et considérant comme sa Royaledignité étoit si barbarement traitée entre des avocats de Palais,qui sembloient tous avoir juré sa mort. Si est-ce qu’ils sentirentde vives atteintes en leur conscience, d’autant que ce qu’Elledisoit étoit très-véritable au rapport même des hérétiques, commeil paroît au livre de Cambden, qui a écrit la vie d’Elizabeth, etqui ne nie pas que Valsingham ouvrait et refermoit les lettresque le traître Giffar luy portoit, y contrefaisant ce que bon luysembloit. Et le même confesse que l’opinion des plus sensez étoitque les Secrétaires de la Reyne avoient esté séduits et corrompuspar argent, et qu’il est bien certain qu’ils demandèrent récom-pense à Valsingham, qui leur dit qu’ils se dévoient contenterde la vie, et ajoute qu’en la condamnant sans luy confronter lestémoins, on avoit procédé en cela contre toute forme de justice.

Voilà le jugement des Huguenots mêmes, ses plus cruelsennemis, je dis de ceux qui ont quelque petite étincelle debonne conscience, et non pas de ces brouillons qui écrivent desrapsodies pleines d’ignorance et de mensonge. Tout cela sert depreuve invincible à son innocence, mais les mauvais juges, quis’étoient vendus à l’iniquité, ne laissèrent pas de passer outre etde rendre une sentence de condamnation qu’ils portèrent à laReyne d’Angleterre, et qui fut présentée au Parlement pour endemander la publication.

Élizabeth s’y trouva avec une harangue étudiée, où Ellerendoit grâces à Dieu des périls dont il l’avoit délivrée, etremercioit ses bons sujets de l’affection qu’ils avoient pour leurReyne; puis, venant au fait dont il étoit question, Elle semontrait extrêmement affligée que la Reyne d’Ecosse, qui étoitune personne de son sexe, de son Etat et de son sang, fûtconvaincüe d’avoir conjuré contre Elle, ajoutant qu’Elle luypardonnerait volontiers et luy sacrifierait sa propre vie, si cela