PROCÈS ET MORT DE MARIE STUART
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devoit rendre les affaires de l’Angleterre plus florissantes; maisque pour cet effet Elle ne vouloit pas préjudicier à Elle-même,ny au bien de son Royaume. Elle venoit avec un cœur plein devengeance en cette action : Elle se vouloit donner la réputationde douceur et de clémence, imitant en cela les Hérode et lesTibère, qui jamais ne disoient mieux que quand ils faisoient lepis, et rioient dans leur cœur, lorsqu’ils distilloient des larmesde crocodile de leurs yeux. Elle vouloit que son Parlement luydemandât, à jointes mains, la chose qu’Elle donnoit le plusvolontiers : tantôt Elle le flattoit sur les respects et les cordialesaffections qu’il avoit pour Elle, à dessein de l’inciter à poursuivresa pointe; tantôt Elle faisoit la fâchée d’y reconnoître trop dezèle; tantôt Elle disoit qu’Elle se vouloit conserver, tantôtqu’Elle aymoit mieux abandonner sa propre conservation pourexercer sa clémence.
Cet esprit, qui étoit grandement dissimulé, jamais n’eut tantd'ondes et de plis qu’en cette affaire, et, à dire vray, Elles'embarrassoit dans son propre labyrinthe, et en se voulanttrop cacher, Elle se montrait, disant à ceux qui luy demandoientla mort de la Revne : « Je vous prie et vous conjure de vous» contenter d’une réponse sans réponse. J’approuve votre ju-» gement et en comprends les raisons, mais excusez, je vous» prie, la pensée soucieuse et douteuse qui me tourmente, et» prenez en gré la très-gracieuse affection que je vous porte, et» cette réponse, si tant est que vous l’estimiez réponse. Si je dis» que je ne feray point ce que vous me demandez, par aventure» diray-je plus que je ne pense. Si que je le feray, je me pré-» cipiteray à ma ruine, moy que vous voulez conserver. »
Enfin, l’arrest ayant été confirmé par l’autorité du Parlement,on envoya Beal à la Reyne d’Écosse pour luy porter la nouvellede cette funeste condamnation, et luy dire que les Etats endemandoient l’exécution pour la justice, la seureté et la nécessite'.'
Ce grand cœur ne fut point abattu par cette rigueur si violenteet une injustice si damnable; mais levant dès lors les yeux etles mains au Ciel, en rendit grâces à Dieu, demandant incon-tinent un Prestre pour luy administrer les Sacremens et pour ladisposer à mourir. Paulet, qui l’avoit en garde, la traita dès lorscomme un barbare, commandant aux officiers de sa maisond’abattre le daiz de sa chambre; mais comme personne n’yvouloit toucher, et qu’il vit qu’on ne luy re’pondoit que par des