PROCKS ET MORT DE MARIE STUART
89
» m’avez abandonne'e, que je ne sois point supplicie'e en quelque» lieu cache', mais à la vue de mes domestiques, et autres per-» sonnes qui puissent rendre te'moignage de ma foy et de mon» obe'issance envers la vraye Église, et de'fendre les restes de ma» vie et mes derniers soupirs contre les faux bruits que mes'> adversaires pourroient faire courir.
» En troisième lieu, je requiers que mes domestiques, qui» m’ont servye parmy tant d’ennemis, et avec tant de fidélité',» se puissent retirer librement où ils voudront, et jouir des» petites commoditez que ma pauvreté' leur a le'gue'es dans mon» testament.
» Je vous conjure, Madame, par le sang de Je'sus-Christ, par» notre parente, par la me'moire de Henry septième, notre Père» commun, et par le titre de Reyne que je porte encore jusques» à la mort, de ne point refuser des demandes si raisonnables,» et me les assurer par un mot de votre main, et là-dessus je» mourray comme j’ay ve'cu,
» Votre affectionne'e Sœur et prisonnière,
» Marie, Reyne. »
On ne sçait si cette lettre fut aux mains d’Êlizabeth, attenduqu’on ne trouve aucune re'ponse, soit que les Ministres la luyont cache'e, soit que la dureté de son cœur la dissimula.
Cependant, le Roy Jacques s’employa pour la délivrance de saMère; les ambassadeurs de France, Messieurs de La Motbe-Aigron etde L’Aubépine (1) y travaillèrent à diverses occasions; Monsieur deBelièvre (2) s’y porta avec beaucoup de prudence, de courage et delidélité, par une grave remontrance qui se lit encore dans l’his-toire. L’arrest fut suspendu environ trois mois, jusques à tempsque les clameurs des Puritains et des Luthériens firent tomberla foudre d’une main qui ne demandoit qu’à faire son coup.
Les plus avisez luy remontroient bien que cela étoit sansexemple, commettre une femme, une Reyne de France etd’Écosse, la plus proche parente qu’Elle eût au monde, à lamain d’un bourreau; une Reyne, qui n’étoit point sa prison-
(1) M. de L’Aubespine.
(2) M. Pomponne de Bellièvre.