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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
nière mais son hôtesse, qu’Elle avoit appelée et invite'e en sonRoyaume, luy envoyant des gages de sa fidélité'; qu’Elle pritgarde que tout le mal venoit de ses Secre'taires, non d’Elle; etquand bien même, après une prison de vingt ans, Elle auroitconsenty d’être enleve'e par force et par armes, que cela neme'ritoit point la mort. Si Elle la faisoit mourir, qu’Elle ouvriroitune playe dont il sortiroit tant de sang, que plusieurs ne lepourroient e'tancher; que l’Italie, la France, l’Espagne et tousles Royaumes catholiques du monde s’en tiendroient offensez, etqu’Elle attireroit sur son Royaume les armes de toute la chré-tienté, qui prendrait volontiers ce prétexte pour envahir sonÉtat; que c’étoit faire un affront à Jacques, son fils, et à toutesa race, qui s’en pourrait ressentir; que cela aigrirait les espritsde tous les Catholiques du Royaume, qui se rendraient irrécon-ciliables; et enfin, qu’il y avoit un très-grand danger que leCiel n’armât contre un dessein si sanglant; qu’il falloit traiterles misérables, et nommément une Reyne qui s’étoit réfugiée enson pays, avec plus de révérence que les Anglois ne faisoient lesreliques; que l’on hazardoit beaucoup en sa mort, mais que l’onne pouvoit rien perdre à sa vie, vu qu’il y avoit assez de gardes,de prisons, de barrières, de murailles, pour l’arrester, si Ellevouloit entreprendre contre l’État.
Mais les Ministres insolens crioient incessamment qu’il falloitfinir sa prison par la fin de sa vie; que la Reyne devoit seressouvenir qu’Elle avoit usurpé ses titres et son nom, se faisantproclamer autrefois Reyne d’Angleterre et d’Écosse, et que lesSouverains ne pardonnoient jamais à ceux qui entreprenoientjusques à ce point sur leur autorité; que la vie d’Élizabeth étoitincomparable avec celle de Marie; que le vrav moyen d’ôtertoutes les prétentions des Catholiques, c’étoit de couper cetteracine qui faisoit pousser toutes leurs espérances; que le RoyJacques serait instruit à la Religion d’Angleterre, et prendraitles sentimens du bien de son État, plustôt que la vengeance descendres de sa mère; que les Étrangers étoient trop embarrassezdans leurs propres affaires, et songeoient plus à se défendrequ’ils ne pensoient à attaquer; que les Guise, parens de laReyne d’Écosse, étoient mal en France, et que Henry III segarderait bien d’épouser leurs querelles; et en cas que d’autresfussent si téméraires que de l’entreprendre, ils sçauroient quel’Angleterre a de bons fossez; que la Reyne Élizabeth étoit