PROCÈS ET MORT DE MARIE STUART
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mortelle, et que si Elle venoit à manquer, il n’y auroit point dede'solation imaginable que la Religion et l’État ne souffrissentsous le règne de Marie, en vengeance de sa prison et d’autresinjures qu’Elle pensoit avoir reçeües; qu’il falloit se souvenir queles Grands écrivent les bienfaits sur le sable et gravent leurmécontentement sur le cuivre. Les Pre'dicans en faisoient un casde Religion avec leurs fades aliénations de la Bible, qu’ils accom-modoient à leur esprit sanguinaire, et les jurisconsultes ignoransapportoient des histoires de supplices de quelques Roys, quie'toient en tout impertinentes.
Il n’en falloit pas tant pour persuader une femme qui avoit lavanité de faire voler une fois dans sa vie la teste d’une Reynesur un échaffaut, et qui ne se souvenoit plus que, sous le règnede la courageuse Marie, étant accusée de crime d’État et attendantson arrest, Elle craignoit tant les haches des bourreaux d’Angle-terre, qu’Elle étoit résolüe de supplier sa Sœur que l’on mandâtun exécuteur de France pour luy couper le col. Le mandementest donc donné et signifié à la pauvre victime, que l’on avoitpréparée de longue main à ce sacrifice.
Quelques écrivains passionnez se sont efforcez de soustraire cecrime à la réputation d’Élizabeth, fondez sur une lettre qu’Elleécrivit au Roy d’Écosse, où, par une honteuse perfidie, Elle ditque son esprit est tourmenté d’une incomparable douleur, àcause de l’événement épouvantable arrivé contre sa volonté, etqu’Elle n’a point l’âme si basse de craindre, par terreur, de fairece qui est juste, ou de le dénier par lâcheté après l’avoir fait.
Mais ne voit-on pas que c’est se moquer de l’histoire et de lafoy du genre humain que d’avancer une telle deffaite? Davison (1),son secrétaire, qui ménagea cette affaire funeste, comme le vrayinstrument de sa malice, dit en son attestation, rapportée dansles plus fidelles Mémoires d’Angleterre par Cambden, qu’aprèsle départ de l’ambassadeur de France, envoyé pour arrester lecoup, Elle luy commanda de représenter le mandement qui avoitété dressé sur l’exécution de la Reyne d’Écosse, ce qu’ayant fait,Elle le signa fort volontiers de sa main, luy ordonnant de lesceller du grand sceau, et là-dessus dit quelques paroles en riant,blâmant Paulet et Daurey, qui gardoient la prisonnière, de nel’avoir pas délivrée de cette peine.
(1) Davidson (M e ).